Bitcoin : Les 5 risques qui menacent la reine des cryptos, selon Michael Saylor
07/08/2026Dans sa longue profession de foi publiée début juillet, Michael Saylor passe le plus clair de son temps à vanter l’immobilisme du protocole Bitcoin comme sa plus grande force. Mais le texte se termine sur un passage plus inattendu : une liste de cinq risques bien réels, listés par l’intéressé lui-même. Pas des risques sur le code, précise-t-il, mais sur tout ce qui se construit autour. Passage en revue, avec quelques exemples qui donnent du poids à chacun.
- Michael Saylor a mis en lumière cinq risques inquiétants entourant le Bitcoin, allant au-delà du code, touchant à son environnement.
- Les risques incluent la corruption potentielle du protocole, une surabondance de Bitcoin papier, et une centralisation dangereuse par les dépositaires.
Premier risque : la corruption du protocole
« L’intégrité monétaire du Bitcoin dépend d’un consensus dur. Les changements de la couche de base doivent rester rares, examinés avec soin, et ne recevoir un soutien qu’après un alignement quasi total. »
Le meilleur exemple reste la guerre de la taille des blocs de 2017. Une partie des mineurs et des grandes entreprises du secteur poussait alors pour une mise à jour controversée, SegWit2x, censée augmenter la capacité du réseau.
La communauté des utilisateurs et des nœuds a fini par la rejeter en bloc, forçant les mineurs à reculer malgré leur poids économique. La preuve que le mur de consensus tient, mais aussi qu’il peut fracturer une communauté entière au passage.
Deuxième risque : trop de Bitcoin papier
Deuxième mise en garde :
« Si des intermédiaires créent plus de créances sur du Bitcoin que de Bitcoin réel, le marché subira des crises de crédit périodiques. Le protocole survivra, mais les investisseurs peuvent tout de même être pénalisés par l’effet de levier, l’opacité et la réhypothécation ».
L’exemple qui vient immédiatement à l’esprit : l’effondrement de FTX en novembre 2022, que le Journal du Coin avait couvert heure par heure. La plateforme prétendait détenir les actifs de ses clients un pour un. Elle les avait en réalité engagés ailleurs, dans des paris risqués via sa société sœur Alameda Research. Le Bitcoin, lui, n’a jamais tremblé. Les créances construites autour, si.
Troisième risque : la centralisation par les dépositaires
Troisième point :
« Si la plupart des utilisateurs détiennent leur Bitcoin via un petit nombre de banques, plateformes d’échange, fonds et applications, le Bitcoin reste rare, mais l’expérience utilisateur devient de plus en plus soumise à autorisation. »
Un chiffre illustre parfaitement ce risque : Coinbase assure la conservation d’environ 84 % des actifs des fonds cotés (ETF) Bitcoin au comptant américains, soit près de 77 milliards de dollars, répartis sur huit des onze produits existants, dont le géant IBIT de BlackRock. De quoi transformer un seul acteur en point d’étranglement (choke point) pour tout un pan du marché.

Quatrième risque : la capture réglementaire
Quatrième avertissement, plus politique :
« Les gouvernements ne peuvent pas changer le Bitcoin, mais ils peuvent réguler les plateformes d’échange, les courtiers, les dépositaires, les mineurs, les banques, la déclaration fiscale et l’accès à l’énergie. »
L’Union européenne l’a d’ailleurs illustré des deux côtés à la fois : son règlement MiCA a été présenté comme le remède au vide réglementaire qui a permis l’effondrement de FTX, tout en donnant à Bruxelles un droit de regard permanent sur qui peut opérer, et comment. Une régulation qui protège peut aussi, par la même porte, devenir une régulation qui contrôle.
Cinquième risque : l’incertitude du marché des frais
Dernier point, le plus technique :
« À mesure que la récompense de minage décline, le Bitcoin a besoin d’un marché des frais durable et à forte valeur pour financer sa sécurité à long terme. Je pense que ce marché se développe à mesure que le Bitcoin devient un collatéral de règlement mondial, mais il ne se développera pas en ligne droite. »
Selon les estimations du secteur minier, les frais de transaction ne représentent aujourd’hui qu’environ 10 à 15 % des revenus des mineurs en temps normal, un chiffre qui peut grimper à 20-30 % lors des pics de congestion du réseau. Le prochain halving, attendu vers 2028, réduira une nouvelle fois de moitié la récompense par bloc, de 3,125 à 1,5625 BTC. Reste à savoir si les frais suffiront un jour à prendre le relais.
Aucun de ces cinq risques, précise Saylor, n’invalide le Bitcoin : ils définissent simplement le travail qu’il reste à accomplir. Un aveu à la fois honnête et pratique, puisqu’il place l’essentiel de la responsabilité hors du protocole qu’il défend, du côté des banques, des régulateurs et des plateformes qui l’entourent. Reste une question qu’il n’aborde pas frontalement : qui, précisément, doit se charger d’éviter ces dérives, si ni le protocole ni ses plus fervents avocats ne s’y engagent explicitement ?
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