Crypto et religion : Le Pakistan cherche le meilleur compromis

Crypto et religion : Le Pakistan cherche le meilleur compromis

07/17/2026 0 Par cryptolounge

Le Pakistan cherche encore sa voie. Alors que le pays accélère sur les stablecoins, la tokenisation et la délivrance de licences aux plateformes crypto, une fatwa très médiatisée vient remettre ces ambitions en question. En réponse, le président de l’autorité pakistanaise des actifs numériques (PVARA), Bilal bin Saqib, appelle à examiner chaque actif numérique individuellement au regard de la loi islamique, plutôt que de condamner l’ensemble du secteur.

Points clés

  • Une fatwa du mufti Taqi Usmani juge les cryptomonnaies incompatibles avec la charia, y compris l’USDT
  • Le président de la PVARA réclame une analyse distincte des stablecoins, de la tokenisation et des autres actifs numériques
  • Le Virtual Assets Act impose déjà aux acteurs crypto de respecter les principes de la finance islamique
  • L’issue du débat pourrait conditionner plusieurs projets stratégiques du Pakistan, dont un stablecoin souverain
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Une fatwa relance le débat sur les cryptomonnaies

Le débat est parti d’une fatwa publiée le 10 juin par le mufti Taqi Usmani et plusieurs érudits du Darul Ifta de la Jamia Darul Uloom de Karachi. Selon eux, les cryptomonnaies ne constituent pas un « maal », c’est-à-dire un bien ou une richesse reconnue par la charia. Elles sont décrites comme de simples écritures numériques dépourvues de valeur intrinsèque.

L’avis religieux vise explicitement l’USDT ainsi que les autres cryptomonnaies. Les auteurs vont même plus loin en estimant que l’achat de biens physiques ou de services numériques réglés en crypto ne confère pas une propriété légitime à l’acquéreur. Dans les exemples étudiés, ils recommandent de restituer les biens achetés ou de supprimer les contenus numériques obtenus.

Face à cette position, Bilal bin Saqib affirme partager la volonté de protéger les citoyens contre « la fraude, l’exploitation et les préjudices financiers », mais refuse d’assimiler toutes les technologies blockchain à une seule catégorie.

« Les blockchains, les stablecoins, les actifs du monde réel tokenisés et les autres actifs numériques méritent une évaluation technique approfondie ainsi qu’un examen rigoureux au regard de la charia, plutôt que d’être considérés à travers un prisme unique. »

Bilal bin Saqib, président de l’autorité pakistanaise des actifs numériques (PVARA) – Source : Compte X

Alors que le pays accélère sur les stablecoins, la tokenisation et la délivrance de licences aux plateformes crypto, une fatwa très médiatisée vient remettre ces ambitions en question. En réponse, le président de l'autorité pakistanaise des actifs numériques (PVARA), Bilal bin Saqib, appelle à examiner chaque actif numérique individuellement au regard de la loi islamique, plutôt que de condamner l'ensemble du secteur.
Le responsable de la régulation pakistanaise s’exprime sur la crypto – Source : Compte X
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Le futur de la stratégie crypto pakistanaise en question

Le débat dépasse largement la seule question religieuse. Depuis l’adoption du Virtual Assets Act en mars 2025, le Pakistan s’est doté d’un régulateur fédéral chargé de délivrer les licences aux plateformes d’échange, aux dépositaires et aux émetteurs de tokens. Toutes ces activités doivent obtenir une validation de conformité à la charia auprès d’un comité spécialisé.

Cette approche pourrait permettre de distinguer les cryptomonnaies spéculatives des stablecoins adossés à des monnaies fiduciaires, des actifs financiers tokenisés ou encore des obligations numériques, précisément la distinction défendue par Bilal bin Saqib.

Et l’enjeu est considérable. Le Pakistan travaille actuellement sur un stablecoin souverain, un projet de tokenisation de 2 milliards de dollars d’actifs publics accompagné par Binance dans le cadre d’un accord non contraignant, ainsi que sur la délivrance de licences à plusieurs plateformes crypto.

Le gouvernement a également annoncé la création d’une réserve nationale de bitcoins et la mise à disposition de 2 000 mégawatts d’électricité pour le minage de bitcoin et les centres de données dédiés à l’intelligence artificielle.

L’interprétation qui s’imposera pèsera directement sur ces ambitions. Si la lecture stricte de la fatwa devait prévaloir, une partie de ces projets pourrait se heurter à un obstacle religieux. À l’inverse, une approche différenciant stablecoins, actifs tokenisés et cryptomonnaies non adossées ouvrirait la voie à un développement plus nuancé des actifs numériques dans le pays.

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