Trump multiplie les prétextes tarifaires : le Brésil taxé à 25%, le Canada menacé à cause de la fumée
07/18/2026Une loi de 1974 ressortie du placard. En l’espace de quelques jours, l’administration Trump a rouvert deux fronts commerciaux distincts. Le premier, contre le Brésil, se traduit par des droits de douane de 25% entrés en vigueur le 22 juillet 2026. Le second, contre le Canada, reste pour l’instant une menace, liée à la fumée des feux de forêt qui envahit les villes américaines. Deux dossiers, deux prétextes très différents. Un seul fil rouge : une Maison Blanche qui ne recule devant aucun motif pour ressortir l’arme tarifaire.
- Trump a réveillé une loi de 1974 pour imposer des droits de douane de 25% au Brésil, échappant à une décision de la Cour suprême.
- Le Canada pourrait subir des sanctions tarifaires pour la fumée de ses incendies de forêt, une justification inédite.
Le Brésil, victime d’un contournement judiciaire en règle
En février 2026, la Cour suprême avait invalidé la plupart des tarifs douaniers imposés par Trump au nom de l’urgence nationale, jugeant qu’il avait outrepassé ses pouvoirs. L’administration pouvait alors devoir rembourser jusqu’à 175 milliards de dollars, une estimation du Penn Wharton Budget Model relayée à l’époque par le Journal du Coin. Trump a aussitôt fait savoir qu’il ne comptait rembourser personne dans l’immédiat, promettant un dossier qui pourrait traîner en justice jusqu’à cinq ans.
L’administration n’a pas renoncé pour autant, elle a changé d’arme. C’est la Section 301 du Trade Act de 1974 qui sert désormais de base légale pour taxer le Brésil à 25%, un texte qui permet de sanctionner un partenaire commercial jugé déloyal sans passer par la déclaration d’urgence nationale retoquée par les juges. Un contournement pur et simple, quasiment sous les yeux de la Cour suprême elle-même.
Certains produits échappent à la taxe : bœuf, jus d’orange, avions et pièces aéronautiques, produits énergétiques. Le président brésilien Lula (Luiz Inácio Lula da Silva) a rejeté la décision et promis des contre-mesures, avec l’intention de porter l’affaire devant l’OMC. Reste que la marge de manœuvre du Brésil face à la première économie mondiale est, disons-le franchement, limitée.

Le Canada, taxé pour… la fumée de ses forêts
Quelques jours plus tard à peine, changement de continent, changement de motif. Donald Trump a accusé le Canada de « négligence volontaire » face aux incendies de forêt qui touchent le pays, et menace désormais d’ajouter le coût de la pollution générée par la fumée aux tarifs douaniers déjà appliqués à Ottawa.
Les feux de forêt, particulièrement actifs dans le nord-ouest de l’Ontario, ont fait chuter la qualité de l’air jusque dans plusieurs grandes villes américaines ces derniers jours. Selon CNBC et The Hill, Trump affirme que ces coûts « doivent nécessairement s’ajouter aux tarifs douaniers que le Canada paie déjà », et a annoncé vouloir appeler le Premier ministre canadien Mark Carney « pour savoir ce qu’ils comptent faire à ce sujet ». Un ton comminatoire, là où une simple coopération bilatérale sur la gestion forestière aurait pu suffire.
Carney a de son côté reconnu, dans un message publié sur X, que les incendies s’étaient « considérablement aggravés » ces dernières semaines, forçant l’évacuation de milliers de personnes dans le nord-ouest ontarien.
Un fil rouge : n’importe quel motif fait l’affaire
Ce qui frappe, à mettre les deux dossiers côte à côte, ce n’est pas tant le taux appliqué que la méthode. Pour le Brésil, un contournement juridique sophistiqué, texte de loi différent mais effet identique à ce que la Cour suprême venait d’interdire. Pour le Canada, un lien de cause à effet inédit entre une catastrophe naturelle et une politique commerciale.
Dans les deux cas, la tarification n’est plus un outil réservé aux vrais différends commerciaux. Elle devient un réflexe, appliqué à peu près à n’importe quel prétexte disponible sur le moment. D’autres partenaires jugés « déloyaux », pour des raisons parfois tout aussi éloignées du commerce à proprement parler, pourraient être les prochains sur la liste.
Jusqu’où ira l’escalade ?
Entre le bœuf brésilien et la fumée canadienne, la liste des motifs invoqués par Washington s’allonge plus vite que les négociations censées les résoudre. Le Mexique, l’Union européenne et la Chine restent, eux, sous le coup de leurs propres différends tarifaires non résolus avec les États-Unis. Rien n’empêche la méthode Section 301, déjà rodée sur le Brésil, de s’y appliquer dès que Washington aura besoin d’un nouveau prétexte.
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