Cardano, Polkadot et Hedera : Grayscale abandonne ses demandes d’ETF crypto
08/10/2026Trois dossiers, un même retrait. Grayscale a transmis à la Securities and Exchange Commission (SEC) trois formulaires RW, la procédure par laquelle un émetteur demande l’abandon officiel d’un produit financier avant son lancement. Sont concernés le Grayscale Cardano Trust ETF, le Grayscale Hedera Trust ETF et le Grayscale Polkadot Trust ETF. Trois altcoins qui n’auront donc pas de véhicule coté estampillé Grayscale.
Le gestionnaire ne quitte pas pour autant la course aux ETF crypto : il a déjà porté en Bourse ses produits Bitcoin, Ethereum, Solana et XRP. Le coup de sécateur frappe la partie basse du tableau, celle où les encours se comptent en dizaines de millions de dollars plutôt qu’en milliards.
Points clés
- Grayscale a déposé trois formulaires RW auprès de la SEC pour retirer les déclarations d’enregistrement de ses ETF Cardano, Hedera et Polkadot
- Un retrait au titre de la règle 477 n’est pas un refus du régulateur : l’émetteur peut redéposer un S-1 plus tard
- L’exposition à Cardano a disparu du Grayscale CoinDesk Crypto 5 ETF (GDLC) depuis février 2026, remplacée par BNB
- Canary Capital (Hedera) et 21Shares (Polkadot) restent en piste sur ces marchés délaissés par Grayscale
Formulaire RW : deux pages pour refermer un dossier d’ETF
Un peu de mécanique administrative s’impose. Pour lancer un ETF aux États-Unis, un émetteur dépose un formulaire S-1, la déclaration d’enregistrement qui détaille la structure du produit, son dépositaire, ses frais et ses risques. Tant que la SEC ne l’a pas déclarée effective, aucune part ne peut s’échanger. Le formulaire RW, pour registration withdrawal, referme le dossier au titre de la règle 477 du Securities Act de 1933.
Les trois documents déposés par Grayscale ( ici, ici et ici) le 7 août se limitent à la formule d’usage : demande de retrait, et certification qu’aucun titre n’a été vendu dans le cadre de l’offre. Aucune justification, aucun calendrier de remplacement.
Précision utile : un retrait n’est ni un refus du régulateur ni une interdiction. Le gestionnaire peut redéposer un S-1 sur les mêmes actifs, y compris sous une structure juridique révisée. Deux lectures cohabitent donc : celle du replâtrage technique et celle, plus prosaïque, du calcul économique.

« Conformément à la règle 477 de la loi de 1933 sur les valeurs mobilières (Securities Act of 1933), telle que modifiée, Grayscale Investments Sponsors, LLC (le « Sponsor »), promoteur du Grayscale Cardano Trust ETF (le « Trust »), demande respectueusement à la Securities and Exchange Commission (SEC) d’autoriser, à compter de la date indiquée ci-dessus ou à la première date possible ultérieure, le retrait de la déclaration d’enregistrement du Trust sur formulaire S-1 (dossier n° 333-289948) initialement déposée auprès de la Commission le 29 août 2025, telle que modifiée ultérieurement, ainsi que toutes les annexes y afférentes (la « Déclaration d’enregistrement »). Le Promoteur fonde sa demande de retrait sur le fait qu’il n’entend pas procéder à la distribution prévue des parts du Trust enregistrées dans la Déclaration d’enregistrement.»
ADA, DOT et HBAR : la longue traîne coûte cher
Comprenons bien. Depuis que la SEC a validé, en septembre 2025, des standards de cotation génériques pour les produits adossés aux actifs numériques, les Bourses américaines n’ont plus besoin d’une autorisation au cas par cas pour lister un ETF spot. Une vague de lancements a suivi, de Solana à XRP en passant par Dogecoin, Litecoin ou Hedera. La demande, elle, ne s’est pas répartie aussi généreusement : Bitcoin et Ethereum captent toujours l’écrasante majorité des encours cotés.
Or chaque ETF supplémentaire traîne sa facture fixe :
- capital d’amorçage et rémunération des teneurs de marché ;
- conservation des actifs, audit et administration du trust ;
- conformité, frais juridiques et publications périodiques.
Pour un actif dont le produit n’attirerait que quelques dizaines de millions de dollars, la ligne de coûts dépasse vite la recette. Grayscale maîtrise l’équation : la maison facture encore 1,5 % sur son vétéran GBTC, contre 0,15 % pour son Bitcoin Mini Trust taillé pour la guerre des prix.
Quant à Cardano, l’exposition via le panier a déjà disparu. Lors du rebalancement de février 2026, le Grayscale CoinDesk Crypto 5 ETF (GDLC) a retiré ADA au profit de BNB. Le fonds est aujourd’hui composé de Bitcoin, Ethereum, BNB, XRP et Solana. Le produit mono-actif Cardano n’avait donc plus de relais interne.
Le terrain laissé aux concurrents ?
Le retrait dégage la voie pour les rivaux déjà positionnés. Canary Capital a pris l’avantage sur Hedera avec un ETF spot en Bourse depuis fin 2025, tandis que 21Shares maintient un dossier ouvert sur Polkadot. Sur ces marchés étroits, le premier arrivé rafle la liquidité et les mandats institutionnels ; le second se contente des miettes. Grayscale a visiblement préféré ne pas payer pour arriver deuxième.
La discipline budgétaire n’est pas fortuite. Le gestionnaire a déposé son propre dossier d’introduction en Bourse auprès de la SEC, un exercice qui impose des comptes lisibles et une gamme défendable. Depuis la conversion de GBTC en janvier 2024, plus de 20 milliards de dollars ont quitté le fonds au profit de concurrents moins chers, une hémorragie qui laisse peu de place aux expérimentations coûteuses.
Pour les investisseurs américains qui veulent ADA, DOT ou HBAR dans un compte-titres classique, la route passe désormais par les paniers indiciels ou par les émetteurs concurrents déjà en piste. Grayscale, de son côté, concentre ses moyens sur la poignée de lignes qui remplissent réellement les carnets d’ordres.
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