Fraude à 74 millions : des retraités abusés avec de fausses parts de SpaceX et Anthropic
08/16/2026Actions fantômes, pertes bien réelles pour plus de 650 retraités américains. La Securities and Exchange Commission (SEC, le gendarme boursier américain) a porté plainte contre un réseau de plus de 100 courtiers qui ont écoulé, depuis décembre 2020, des parts présentées comme un accès privilégié à SpaceX, Anduril, Anthropic et Perplexity. Le montage a rapporté 74 millions de dollars à onze fonds privés montés depuis des bureaux de Long Island et du New Jersey. Rien de très éloigné, sur le fond, de la fraude aux investisseurs à 8,6 milliards de dollars que la SEC traquait déjà cet été. Le terrain de chasse est identique, l’appât aussi, la promesse d’un ticket d’entrée dans les pépites de la tech avant tout le monde.
- La SEC a porté plainte contre un réseau de plus de 100 courtiers pour une fraude de 74 millions de dollars impliquant des fausses parts de SpaceX et Anthropic.
- Plus de 650 retraités américains ont été abusés par cette escroquerie, qui promettait un accès privilégié à des entreprises technologiques avant leur introduction en Bourse.
Le boiler room, vieille recette pour appât neuf
La méthode n’a rien d’original. Le terme boiler room (littéralement « chaufferie ») désigne depuis des décennies ces officines qui font tourner des dizaines d’agents au téléphone, scripts en main, pour vendre des placements douteux à des particuliers mal informés. Ici, plus de cent agents démarchaient des milliers de prospects avec des arguments rodés, promettant l’accès aux entreprises tech les plus fermées de la planète et juraient, la main sur le cœur, qu’aucun frais caché ne viendrait grever l’investissement.
Le réseau, dirigé par The Spaventa Group (TSG), fondé en 2020 par l’ancien courtier Andrew Spaventa, ciblait une clientèle particulière. Plus de 650 investisseurs ont mis 100 000 dollars ou moins. Plus de 100 étaient des retraités, selon la plainte de la SEC détaillée par Fortune le 15 août. L’argument massue : accéder à ces sociétés avant leur introduction en Bourse, à un moment où SpaceX et Anthropic concentrent tous les fantasmes boursiers.
Anthropic à prix d’or, la marge cachée du marché secondaire
Le détail qui fait mal, c’est la marge. Le Fund 8 du réseau a acheté des parts d’Anthropic entre 32,62 et 41,53 dollars pièce, pour les revendre 58,50 dollars aux clients. Une majoration de 41 à 79 %, qui a permis de lever 5,8 millions de dollars rien qu’en 2024. Ce marché secondaire des actions pré-IPO (les parts d’entreprises pas encore cotées en Bourse) fonctionne déjà dans une zone grise réglementaire, où les prix se fixent de gré à gré et où la traçabilité des titres laisse parfois à désirer.
Le phénomène n’est pas isolé. Comme le rappelait Forbes en mai dernier, ce marché trouble de la revente d’actions SpaceX et OpenAI attire depuis des mois des intermédiaires peu scrupuleux, portés par l’appétit général pour tout ce qui touche à l’intelligence artificielle. Ce secteur porteur attire les vautours, c’est vieux comme la finance.
Une épargne de retraite sacrifiée sur l’autel de la hype IA
Le choix des retraités comme cible n’a rien d’un hasard. Peu familiers des mécaniques du capital-risque, ils forment une population idéale pour ce genre de montage. Beaucoup se laissent aussi séduire par la promesse d’un rendement qui ferait pâlir leur livret d’épargne. Le sujet dépasse largement le cas Spaventa. L’administration Trump pousse justement pour ouvrir les plans de retraite américains (401k, l’équivalent local du PER) aux actifs privés et à la cryptomonnaie, au nom de la démocratisation de l’investissement.
Beau projet sur le papier. Sauf qu’à mesure que les portes s’ouvrent, les officines comme TSG trouvent de nouvelles failles à exploiter, avec une régulation qui peine à suivre le rythme.
La demande pour investir dans les licornes de l’IA explose plus vite que les garde-fous censés protéger les épargnants les moins armés pour l’évaluer. Le marché parallèle qu’invente la crypto autour de l’IPO de SpaceX en est une version légale, portée par le même appétit pour l’accès anticipé aux pépites de la tech. La SEC, de son côté, réclame la restitution des gains et un bannissement définitif des marchés pour Spaventa, qui a nié les faits et annoncé vouloir se défendre.
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