Économie : Google mise 13 milliards d’euros sur la Finlande pour alimenter son IA
09/12/2026Treize milliards d’euros pour un pays de 5,6 millions d’habitants. Google prévoit d’investir au moins cette somme en Finlande sur 2027 et 2028. Concrètement, l’enveloppe se répartit entre de nouveaux data centers dédiés à l’intelligence artificielle et un accord d’approvisionnement en électricité nucléaire. Elle financera aussi le renforcement du réseau censé acheminer ces mégawatts.
Derrière l’annonce se joue la bataille que connaissent les mineurs de bitcoin depuis dix ans. Autrement dit, elle porte sur les mégawattheures bon marché, décarbonés et déjà raccordés. La Finlande en dispose, et Google vient d’en réserver une part considérable.
Points clés
- Google prévoit au moins 13 milliards d’euros en Finlande sur 2027 et 2028, près de trois fois son cumul investi depuis 2009
- Le paquet couvre des data centers IA, un accord d’approvisionnement nucléaire et le renforcement du réseau géré par Fingrid
- Google a déjà pris pied chez d’anciens mineurs de bitcoin comme TeraWulf et Cipher Mining pour leurs raccordements électriques
- Le minage conserve deux atouts face à l’IA : la coupure en quelques secondes et la revente de sa chaleur fatale
Google, la Finlande et un accord nucléaire à 13 milliards d’euros
Hamina n’est pas un site pilote. Google y a racheté en 2009 l’usine à papier de Summa. Concrètement, l’acquisition, menée auprès du groupe Stora Enso, s’est faite pour une quarantaine de millions d’euros. L’entreprise a ensuite reconverti les tunnels de l’ancienne papeterie en circuit de refroidissement. L’eau de mer, puisée dans le golfe de Finlande, alimente le dispositif. Depuis 2011, le campus n’a cessé de grossir.
Avec ce site, l’entreprise revendique déjà plus de 4,5 milliards d’euros engagés dans le pays. De plus, un milliard supplémentaire a été annoncé en 2024 pour l’agrandir. Résultat : la nouvelle enveloppe représente près de trois fois ce cumul, concentrée sur deux exercices. La chaleur du campus est par ailleurs cédée gratuitement au réseau de chauffage urbain de Hamina. L’objectif : couvrir environ 80 % de ses besoins annuels.
Le volet électrique reste le plus stratégique. Olkiluoto 3 a porté la part du nucléaire à environ 40 % du mix finlandais. Le réacteur est entré en production régulière en 2023. L’EPR de 1 600 MW, le plus puissant d’Europe, a tiré les prix de gros du pays vers le bas. En particulier, certaines heures ont même affiché un prix négatif au printemps. Or, c’est cette électricité pilotable et bon marché que Google sécurise par contrat pour faire tourner ses futurs clusters.
Toutefois, tout n’est pas rose dans ce tableau énergétique, et le réseau reste sous pression. En effet, Fingrid, le gestionnaire du réseau de transport finlandais, croule sous les demandes de raccordement : data centers, électrolyseurs à hydrogène, parcs éoliens. Les puissances cumulées demandées dépassent largement la pointe de consommation nationale. Au total, une part des 13 milliards annoncés doit précisément financer ces raccordements et les lignes qui vont avec.

Crypto : les mineurs de bitcoin en première ligne de la guerre des électrons
Un mégawattheure vaut plus cher pour un cluster d’entraînement IA que pour un ASIC. En clair, cette puce est gravée pour le seul calcul du minage. Depuis le halving d’avril 2024, qui a ramené l’émission à 3,125 BTC par bloc, les mineurs négocient au centime près le kilowattheure. En face, les loueurs de puissance de calcul signent des contrats pluriannuels à plusieurs milliards de dollars.
L’Europe du Nord a déjà arbitré une première fois. La Suède a supprimé en juillet 2023 son abattement fiscal sur l’électricité consommée par les data centers. Conséquence : ses hangars de machines se sont vidés. La Norvège a enchaîné avec un moratoire temporaire sur les nouveaux centres de minage. Les électrons scandinaves n’ont pas manqué de repreneurs pour autant. Les mêmes sites, les mêmes lignes et les mêmes postes de transformation intéressent désormais l’intelligence artificielle.
Google mise sur les actifs des mineurs de bitcoin
De fait, Google connaît la valeur de ces actifs pour l’avoir payée. Ainsi, le groupe a garanti jusqu’à 3,2 milliards de dollars d’engagements locatifs de TeraWulf contre environ 14 % de son capital. L’ancien mineur de bitcoin héberge aujourd’hui des GPU sur son site de Lake Mariner, dans l’État de New York. De même, un montage comparable a été adossé aux contrats de Cipher Mining, autre société née du minage. Ces infrastructures existent parce que des mineurs ont passé des années à décrocher des raccordements dont personne ne voulait.
Le minage garde deux arguments que l’IA ne peut pas répliquer. D’abord, une ferme de bitcoin se coupe en quelques secondes sur signal du gestionnaire de réseau. À l’inverse, un entraînement de modèle interrompu coûte des semaines de calcul. Sa chaleur fatale se recycle aussi. MARA, ex-Marathon Digital, a par exemple branché un site de 2 MW en 2024. Il alimente le réseau de chaleur d’une commune finlandaise de 80 000 habitants. C’est la même logique que Google applique à Hamina.
Le prochain halving, attendu au printemps 2028, réduira encore la récompense de bloc. Ce sera au moment précis où les premiers campus finlandais de Google monteront en charge. Les mineurs qui traverseront cette fenêtre seront ceux qui vendent déjà autre chose que du hashrate. Certains monétisent leur flexibilité auprès des gestionnaires de réseau. Enfin, d’autres revendent leur chaleur aux réseaux urbains, ou même leurs raccordements aux géants du cloud.
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