Crypto : Hyperliquid pousse ses pions dans la révision de MiCA
10/02/2026Première incursion européenne pour Hyperliquid. Le Hyperliquid Policy Center (HPC) a déposé sa réponse à la consultation de Bruxelles sur la révision de MiCA. Ce bras politique du leader des exchanges décentralisés de contrats perpétuels signe ainsi son premier dossier réglementaire hors des États-Unis.
Sa demande tient en peu de mots. HPC mise sur les textes en vigueur et sur les lignes directrices de l’ESMA (l’autorité européenne des marchés financiers). Pas question, donc, d’écrire un régime inédit pour les dérivés crypto.
Points clés
- Le Hyperliquid Policy Center a signé sa première réponse réglementaire hors des États-Unis.
- Les contrats perpétuels resteraient encadrés par les textes financiers existants, sans nouvelle loi.
- Pas question de leur appliquer les règles des CFD et leur levier bridé à 2:1.
- Il réclame la fin des déclarations en doublon des données onchain et l’accès aux carnets internationaux.
- L’ESMA plaide au contraire pour un tour de vis sur la DeFi et les plateformes hors UE.
Hyperliquid demande à Bruxelles de ne pas réécrire MiCA
Pleinement applicable depuis le 30 décembre 2024, MiCA laisse volontairement les produits dérivés hors de son champ. Or les contrats perpétuels (des contrats à terme sans échéance) font le cœur de métier d’Hyperliquid. Ils relèvent par conséquent de MiFID II, la directive européenne sur les marchés d’instruments financiers.
Pour HPC, cette architecture suffit. La qualification d’un actif doit suivre sa substance économique, pas la forme technique de son emballage. L’ESMA a d’ailleurs fixé dès décembre 2024 les critères qui font d’un crypto-actif un instrument financier, dans des lignes directrices. HPC s’appuie sur leur paragraphe 47, qui range déjà les perps parmi les dérivés.
La qualification d’instrument financier commande à la fois l’agrément exigé et l’accès des particuliers. Elle décide ainsi, en pratique, de la viabilité d’un marché en Europe. Bruxelles avance aussi sur un chantier plus vaste. Fin 2025, la Commission a proposé de confier à l’ESMA la supervision des plus grosses plateformes crypto. Cette supervision reste aujourd’hui éclatée entre vingt-sept régulateurs nationaux.
Carnet d’ordres contre CFD, la ligne de fracture pour les perps
Le dossier s’attarde ensuite sur les restrictions imposées aux particuliers. Depuis 2018, l’ESMA puis les régulateurs nationaux plafonnent à 2:1 l’effet de levier des CFD crypto (contrats sur différence). Ces règles imposent aussi une protection contre le solde négatif et une liquidation automatique à 50 % de la marge. En revanche, Hyperliquid affiche jusqu’à 40 fois la mise sur le bitcoin et 25 fois sur l’ether.
Ces garde-fous visaient des contrats bilatéraux, où le courtier parie contre son propre client. HPC conteste l’assimilation. Le collatéral est déposé d’avance et l’exposition ne peut jamais dépasser la mise. Sur un carnet d’ordres central, les utilisateurs s’échangent les positions entre eux au prix affiché. La plateforme n’a alors aucun intérêt à voir le particulier perdre.
Données onchain et accès aux carnets mondiaux : HPC face à l’ESMA
HPC met aussi en avant la vérifiabilité des blockchains publiques. Il juge redondant d’imposer des déclarations sur des données déjà inscrites onchain et horodatées. N’importe quel régulateur peut les consulter. Chaque ordre, chaque liquidation et chaque transfert passé sur Hyperliquid est écrit sur sa propre chaîne. Il demande en outre que chaque plateforme publie la méthode de calcul du funding avant d’ouvrir un marché. Les marges de maintien et les seuils de liquidation devraient suivre le même régime.
HPC plaide enfin pour que l’investisseur européen garde l’accès aux carnets d’ordres mondiaux. Le droit européen interdit pourtant aux plateformes de pays tiers de démarcher les résidents de l’Union. Seule la sollicitation inversée (quand le client vient de lui-même) échappe à cette règle. Les acteurs internationaux cloisonnent donc leur liquidité juridiction par juridiction. Et une liquidité fragmentée se paie en écarts de prix plus larges (spreads) et en exécutions dégradées (slippage).
Le régulateur européen tire dans l’autre sens. L’ESMA a publié le 30 septembre sa propre réponse à la consultation. Elle y réclame des pouvoirs renforcés contre les plateformes de pays tiers qui démarchent les Européens sans agrément. Son texte prévoit aussi un service agréé pour les passerelles d’accès aux protocoles DeFi. L’autorité demande en parallèle des critères plus nets pour dire ce qui est réellement décentralisé.
La contribution d’Hyperliquid nourrira, avec celle de l’ESMA, le rapport de révision promis au Parlement européen. Hyperliquid pèse plus d’un tiers du volume des perps décentralisés. Son interface bloque déjà plusieurs juridictions. Sur ce dossier, la plateforme joue sa capacité à servir légalement les traders européens.
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