Faillites : près de 72 000 entreprises ont fait défaut en un an, un plateau record pour la France
10/16/2026« Ce n’est pas parce que les choses sont difficiles que nous n’osons pas, c’est parce que nous n’osons pas qu’elles sont difficiles. » Sénèque n’avait pas prévu le tribunal de commerce. Près de 72 000 patrons français ont osé cette année, et ont quand même fini en faillite. Le troisième trimestre 2026, publié par Altares le 13 octobre, tient pourtant dans un paradoxe. 14 652 procédures collectives ont été ouvertes entre juillet et septembre, soit 0,5 % de plus qu’un an plus tôt, le rythme le plus faible depuis la sortie du Covid. Mais ce niveau n’a jamais été vu en France. Septembre a compté 7 100 faillites à lui seul, un record mensuel. Le total sur douze mois frôle 72 000.
Dans une économie où la croissance a péniblement rebondi à 0,2 %, l’emballement s’arrête mais la casse continue. Et elle ne s’arrête pas aux boulangeries. Vancelian liquidée à Antibes, Cross the Ages en liquidation, Binance et Bitget qui ferment leurs guichets aux Français, Sorare qui coupe un tiers de ses effectifs. La crypto tricolore vit le même trimestre que l’hôtellerie, avec une couche de MiCA et de loi de finances en plus.
Points clés
- 50 510 emplois menacés sur le trimestre, en recul de 3 %, avec 48 entreprises de plus de 100 salariés en procédure.
- Les commerces de proximité trinquent, avec les hôtels à +28 %, le commerce alimentaire à +15,3 % et la restauration rapide à +15,8 %.
- 117 prestataires crypto enregistrés au printemps contre 35 agréés MiCA en septembre. Les deux tiers des enseignes françaises ont quitté les registres en un été.
- 52 700 faillites depuis janvier, et Altares en redoute près de 19 000 au quatrième trimestre.
Faillites : hôtels et restaurants en première ligne
Le bâtiment reste le premier secteur en volume, avec 3 452 procédures. Mais il recule de 3,1 %, et le gros œuvre de 13 %. La hausse vient d’ailleurs. L’hébergement bondit de plus de 30 % et les hôtels de 28 %, soit une soixantaine d’établissements. Les faillites de locations touristiques de courte durée ont doublé en un an. L’explication tient dans les coûts fixes. Loyers et énergie à la hausse, remboursement des prêts garantis par l’État. Et une clientèle qui a réduit ses nuitées quand l’inflation est remontée à 3,1 %.
Le commerce alimentaire progresse de 15,3 %, tiré par les boucheries, et les magasins multi-rayons de 18,5 %. Ici, la concurrence des grandes surfaces sur les prix et la hausse des matières premières compriment une marge déjà mince. La restauration, enfin, grimpe de près de 10 % avec 1 694 défaillances. La restauration rapide prend 15,8 % et les débits de boissons 13,4 %. Thierry Millon, directeur des études d’Altares, résume, « la sinistralité s’affole encore dans l’hôtellerie restauration, les services et commerces de proximité ». À l’inverse, l’industrie manufacturière recule de 11,8 % après deux années de purge.
50 000 emplois menacés : qui est touché
Le trimestre met 50 510 emplois en jeu, 1 490 de moins qu’un an plus tôt. Cela fait 3,4 salariés par entreprise défaillante. La baisse vient des PME de 10 à 49 salariés, dont les liquidations directes chutent de 18 à 20 %. Elle vient aussi des sauvegardes, qui protègent désormais 4 120 salariés, deux fois plus qu’en 2025. Les très petites entreprises de moins de trois salariés concentrent 75 % des procédures. Soit 10 960 jugements, en hausse de 2,9 %, et toute la progression du trimestre. Les sociétés de moins de cinq ans pèsent 42 % des faillites.
La géographie surprend. Altares place les Pays de la Loire en tête des hausses, +18,4 % avec 797 procédures, et la Bretagne à +11,4 %. Paris baisse de 12 % quand la Seine-Saint-Denis bondit de 44 %. Les 48 entreprises de plus de 100 salariés tombées cette année représentent un gros employeur par jour ouvré, pour un cinquième des emplois menacés.

Faillites crypto : Vancelian et Cross the Ages rejoignent la liste
Le secteur crypto n’a pas de ligne dans les tableaux d’Altares, qui raisonne par code APE. Mais son été 2026 raconte la même histoire. Le 28 juillet, le tribunal de commerce d’Antibes a prononcé la liquidation judiciaire d’Automata France, la société derrière la plateforme Vancelian. C’était quatre semaines après sa radiation par l’AMF. Le régulateur lui reprochait une activité de financement participatif sans autorisation, pas un mauvais timing de marché. Trois semaines plus tôt, le 7 juillet, le studio français Cross the Ages annonçait la liquidation de son jeu de cartes Web3. Plusieurs mois de redressement judiciaire n’avaient pas suffi, faute de nouveaux financements, et le jeu Blast a été coupé dès le lendemain.
Les grands noms n’ont pas déposé le bilan, mais ils ont réduit la voilure. Sorare a supprimé 35 % de ses effectifs en novembre 2025 et fermé son bureau de New York. Le volume hebdomadaire des NFT était alors passé sous 100 millions de dollars, contre un milliard en moyenne en 2021. Binance a cessé tout service en France le 1er juillet 2026, sans agrément MiCA, en laissant près de 2 millions de comptes sur le carreau. Bitget avait fermé ses portes aux Français dès le 31 mars. Si vous aviez un compte chez l’un des deux, vous avez déjà fait le transfert, ou vous le ferez avec des frais.
Au total, l’AMF recensait 117 prestataires enregistrés sous l’ancien régime PSAN. Elle n’en comptait plus que 35 agréés en septembre, trois mois après la fin du régime transitoire. Entre les deux, des dizaines de sociétés ont rendu leur enregistrement, fusionné ou fermé sans passer par un tribunal. Ces faillites silencieuses n’apparaissent dans aucune statistique.
Bear market ou climat français ? Pourquoi les boîtes crypto meurent ici
Le réflexe consiste à tout mettre sur le dos du bear market. Il explique une partie du tableau. Sorare et Cross the Ages vivaient des NFT. Bitcoin.com News a compté plus de 60 entreprises et protocoles crypto fermés dans le monde entre janvier et juillet 2026, de BitMEX à Movement Labs.
Mais le calendrier français a ajouté sa propre pression. MiCA s’applique dans toute l’Europe, et chaque pays a fixé sa date de fin de transition. La France a choisi le 1er juillet 2026. Les plateformes qui avaient annoncé jeter l’éponge n’avaient plus le droit de prendre de nouveaux clients dès le 1er avril. Un dossier d’agrément prend jusqu’à quatre mois. L’accompagnement se facture autour de 150 000 euros selon les estimations relayées par le secteur. Les fonds propres exigés vont de 50 000 à 150 000 euros selon les services. Qui continue sans autorisation risque deux ans de prison et 30 000 euros d’amende.
Ajoutez le décor que décrit Altares pour toutes les TPE. Un crédit bancaire plus cher et plus rare. Des banques toujours frileuses dès que le mot crypto apparaît sur un Kbis. Un État dont la charge de la dette doit atteindre 72,9 milliards d’euros en 2027 et qui cherche 54 milliards dans son budget. Donc aucun chèque pour les jeunes pousses. Et une flat tax remise sur la table à chaque loi de finances. Les sociétés de moins de cinq ans pèsent 42 % des faillites chez Altares. Une boîte crypto française née pendant le bull run de 2021 a cinq ans cette année. Elle a traversé un bear market, un changement complet de régime réglementaire, deux épisodes de remontée des taux et cinq lois de finances. Binance a d’ailleurs déposé sa demande de licence européenne à Athènes, pas à Paris.
Le risque 2027 que personne ne commente
Altares ne dit pas un mot des taux. C’est pourtant la variable qui décidera de 2027. La structure des procédures le trahit. Les redressements judiciaires progressent de 4,2 % quand les liquidations directes reculent de 1,2 %. Les tribunaux reçoivent donc des entreprises encore vivantes mais incapables de servir leur dette. Or la semaine qui vient de s’écouler a renchéri cette dette partout. L’inflation américaine à 3,7 % a ramené le rendement du dix ans américain à 5,36 % avant de refluer. Les marchés donnent plus de 90 % de chances à une hausse de la Fed en décembre. Et le FMI vient de raboter la croissance française à 0,4 % pour 2026. Pour une TPE, cela se traduit par un crédit plus cher au moment où ses marges ne lui permettent pas de reconstituer un coussin.
Pour qui investit, le signal est double. Les secteurs de proximité ne sont pas un refuge. Les entreprises cotées qui vivent du crédit bon marché, de l’immobilier à la tech, sont exposées aux mêmes taux. Exactement comme les boulangeries de Nantes ou les plateformes crypto de la Côte d’Azur. Thierry Millon prévient que « le pic des défaillances est peut-être derrière, mais pas celui de la fragilité financière des entreprises ». Depuis janvier, 52 700 entreprises ont fait faillite. Altares en redoute près de 19 000 de plus d’ici le 31 décembre. Le chômage à 8,1 % et la dette abyssale n’ont pas attendu le quatrième trimestre pour pousser les épargnants vers Bitcoin.
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