OAT à 5 % : les étrangers achètent encore la dette française, le bitcoin surveille Tokyo
10/23/2026Sayonara, les OAT ? La dette française à 10 ans s’échangeait à 5,07 % ce jeudi en fin d’après-midi. La veille, elle avait franchi 5 % pour la première fois depuis 2002. Le bitcoin rend 3,5 % sur 24 heures à 81 600 dollars après avoir progressé mercredi.
Les non-résidents ont pourtant acheté 79 milliards d’euros de titres de l’État au deuxième trimestre. Dans le même temps, la Banque de France laissait fondre son stock de 58 milliards. Le vendeur à surveiller pour les cryptos est japonais.
Points clés
- Le portefeuille de dette publique de la Banque de France a perdu 58 milliards d’euros en six mois, sans aucune vente.
- Entre avril et juin, l’étranger a absorbé 79 milliards d’euros de titres d’État pour 45 milliards émis.
- Des gérants japonais, assis sur environ 145 milliards de dollars d’OAT, ont commencé à tout liquider.
- La BCE ne dégainerait son bouclier qu’au-delà de 200 points d’écart avec l’Allemagne, selon Allianz.
Dette française : la Banque de France laisse filer 58 milliards
Le stock de dette publique acheté par la Banque de France pour le compte de la BCE est passé de 546 milliards d’euros fin 2025 à 488 milliards au 30 juin 2026. Ces titres arrivent à échéance et ne sont plus remplacés. L’APP, premier grand programme de rachat de la BCE, n’est plus réinvesti depuis juillet 2023, et le PEPP depuis janvier 2025.
« Aucune vente sur les marchés de ces titres n’a eu lieu depuis leur acquisition », précise la Banque de France dans une mise au point.
Pour le Trésor, l’effet ressemble pourtant à une vente. Chaque obligation remboursée à la banque centrale doit en effet être refinancée auprès d’un investisseur privé. Celui-ci réclame aujourd’hui 5 %. Il y a un an, il se contentait de 3,38 %.

Les étrangers ont acheté plus d’OAT que l’État n’en a émis
Selon les dernières données de la Banque de France, publiées le 13 octobre, les non-résidents ont acheté 79 milliards d’euros de titres de l’État au deuxième trimestre 2026. L’État n’en avait émis que 45 milliards nets.
Ainsi, les étrangers ont racheté une partie des titres détenus par des investisseurs français. Leur part dans la dette publique de long terme est montée de 55,9 % fin mars à 58,4 % fin juin. Sur un an, ils ont acheté 209 milliards d’euros de titres d’État. En face, l’État n’en a émis que 146 milliards.
Ces chiffres s’arrêtent au 30 juin, bien avant les émeutes du 17 octobre. Le troisième trimestre ne sera connu qu’en janvier.
Les adjudications tiennent encore. Le 1er octobre, l’Agence France Trésor a placé 12 milliards d’euros d’OAT à 4,93 % sur le 10 ans. La demande dépassait le double de l’offre.
Allianz Research relève toutefois que la profondeur du marché a fondu de plus de moitié. Les banques et fonds étrangers détiennent 36 % des OAT d’après ses calculs. C’est aussi le groupe le plus volatil.
Le Japon vend ses OAT et le bitcoin surveille le yen
Les investisseurs japonais détiennent environ 23 000 milliards de yens de dette française, soit 145 milliards de dollars, d’après Bloomberg. Sumitomo Mitsui DS Asset Management a vendu toutes les OAT de ses fonds obligataires mondiaux pour racheter du Bund et de la dette japonaise courte. Une fois le risque de change couvert, l’OAT ne rapporte plus qu’environ 0,4 point de plus qu’un emprunt japonais.
Le directeur de l’Agence France Trésor assurait le 20 octobre n’avoir constaté aucune vente japonaise. UBS voit les choses autrement. Selon la banque suisse, ces ventes existent, mais l’argent part vers d’autres actifs étrangers au lieu de rentrer au Japon.
Le bitcoin a déjà payé le prix d’un vrai rapatriement. Le 5 août 2024, une hausse de taux de la Banque du Japon avait provoqué le débouclage du carry trade en yens. Cette stratégie consiste à emprunter pour presque rien à Tokyo pour placer l’argent ailleurs. Ce jour-là, le Nikkei avait perdu 12,4 %. Puis le bitcoin était passé d’environ 65 000 à 49 000 dollars dans la semaine, comme nous le rappelions dans notre analyse du 5 octobre.
Or vendre des OAT pour acheter du Bund laisse l’argent en euros. Le mécanisme de 2024 ne s’est donc pas enclenché.
Dette française et notation : qui pourrait suivre le Japon
Les fonds spéculatifs ont pris de l’avance. Allianz décrit des ventes à découvert sur la dette européenne. Les fonds débouclent aussi à la hâte leurs couvertures de taux. Par ailleurs, l’assureur estime que les marchés traitent déjà la France comme un pays noté BBB, quatre crans sous le A+ de S&P et Fitch.
Les gestionnaires de réserves des banques centrales étrangères forment un autre maillon sensible. Ils pesaient 16 % de la dette française détenue hors de France en 2023, d’après les données du FMI compilées par l’Ifrap. Et leurs règles d’investissement suivent les notes des agences.
Moody’s doit justement se prononcer vendredi. Cité par ABC Bourse, Éric Dor (IESEG) juge « très plausible » un abaissement d’un cran, de Aa3 à A1. Mais une note A1 resterait très loin du seuil spéculatif qui oblige certains fonds à vendre.
La BCE n’est pas intervenue à ce stade. Allianz place l’activation de son instrument anti-crise, le TPI, au-delà de 200 points d’écart entre les taux français et allemands. Ce jeudi, l’écart tournait autour de 160 points. D’ici là, le signal à suivre pour le bitcoin reste la parité euro/yen. Une chute trahirait un retour des capitaux vers Tokyo.
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