Vie chère, spread à 160 points, mobilisation du 5 novembre : la semaine qui tend la France
11/03/2026Rentrée sous tension. Les lycéens ont retrouvé leurs établissements ce lundi 2 novembre avec un mot d’ordre de blocage. Le monde du travail défile ensuite jeudi 5 novembre contre la vie chère. En outre, la France emprunte à dix ans 1,6 point plus cher que l’Allemagne. Trois samedis de cortèges ont précédé cette semaine, dont celui du 17 octobre et ses pillages. Puis l’OAT a fini à 5,13 % le 22 octobre. Ainsi, rue et marché finissent dans le même tableau du pouvoir d’achat. Nous avions d’ailleurs déjà posé la question de la protection de l’épargne face à la crise française dès le 22 octobre.
- Les lycéens et le monde du travail ont initié une mobilisation d’envergure, avec des blocages d’établissements et des manifestations contre la vie chère.
- L’écart entre les taux d’emprunt français et allemands a atteint des niveaux inquiétants, représentant un coût significatif pour l’État français.
Mobilisation du 5 novembre, le monde du travail après les lycéens
L’appel vient de l’intersyndicale CFDT, CGT, FO, Unsa et FSU, lancé début octobre. La CFE-CGC et la CFTC l’ont rejoint depuis. Sophie Binet promet sur France 2 « une grande journée de convergence avec les salariés du privé ». Elle réclame par ailleurs « une révision du projet de budget du gouvernement qui, en l’état, est catastrophique pour le pays ». De son côté, Sud Radio résume les revendications en quatre points. Il s’agit de salaires en hausse, de services publics préservés, de l’emploi défendu et d’une meilleure répartition des richesses.
Les lycéens, eux, n’ont pas attendu. Ryad Rani, président de l’Union syndicale lycéenne, a d’abord appelé à des assemblées générales lundi 2 novembre. Il a ensuite appelé à des blocages de lycées « mardi, mercredi, jeudi, vendredi et autant qu’il faudra ». Le samedi 31 octobre, l’acte III de la convergence des luttes a réuni 320 000 personnes selon l’Intérieur. L’intersyndicale de la jeunesse en revendique 500 000. Deux semaines plus tôt, la journée du 17 octobre s’était terminée en pillages à Paris et à Lyon. Des manifestants s’étaient en outre introduits dans le hall de la mairie de Marseille. Sébastien Lecornu avait annoncé 1 200 interpellations le soir même, puis un bilan de 1 800 le lendemain. Enfin, les gilets jaunes promettent déjà un « six seven », vendredi 6 et samedi 7 novembre.
Spread OAT-Bund à 160 points, la facture de la vie chère pour l’État
Le marché obligataire a voté avant tout le monde. L’écart entre l’OAT française et le Bund allemand à dix ans atteignait 159,9 points de base le 2 novembre. D’après les données compilées par Ideal-Investisseur, il n’était que de 102 points le 22 septembre. Le pic de 174,6 points date du 22 octobre, jour où l’OAT a clôturé à 5,13 %. La France n’avait plus payé ce prix depuis juillet 2002.

Cet écart a un coût concret. Emmanuel Moulin, gouverneur de la Banque de France, jugeait sur France Inter le 7 octobre que « la situation est grave ». En effet, le projet de loi de finances chiffre la charge d’intérêts de l’État à 91,2 milliards d’euros en 2027. C’est 12 milliards de plus qu’en 2026 (79,2 milliards). Ce montant représente près de 90 % des recettes nettes de l’impôt sur le revenu.
Par ailleurs, l’Agence France Trésor doit emprunter quelque 310 milliards d’euros à moyen et long terme en 2026. Sur ce volume, chaque tranche de 100 points de base supplémentaire coûte environ 3 milliards d’euros d’intérêts par an. C’est un ordre de grandeur, qui ne porte que sur les émissions d’une seule année. Ce surcoût court toutefois sur toute la durée de vie de ces titres. La facture de la vie chère descend ensuite jusqu’aux ménages qui empruntent. Pretto relève ainsi pour novembre un taux moyen de 3,76 % sur vingt ans, contre 3,66 % en octobre. La barre des 4 % est même franchie pour certains profils.
Épargne face à la vie chère, du Livret A au bitcoin
Que faire de son argent face à la vie chère, quand l’État emprunte à près de 5 % ? L’Insee estime l’inflation d’octobre à 3,4 % sur un an, avec une énergie à +24,1 %. Or le Livret A sert 1,7 %. L’écart avec l’inflation coûte de l’ordre de 170 euros par an sur 10 000 euros d’épargne. Ce calcul suppose que les prix gardent ce rythme. De leur côté, les fonds euros encaissent la hausse des taux avec retard. Les assureurs remplacent en effet des titres émis autour de 1 % par des OAT à près de 4,9 %. L’or reste le réflexe refuge, sans rendement et avec ses propres secousses.
Le bitcoin s’échangeait autour de 76 800 dollars ce mardi 3 novembre vers 6h (heure de Paris) d’après CoinGecko. Il sort d’un mois d’octobre clos en baisse de 7,67 %. Sur la période, 12,5 milliards de dollars de positions à effet de levier ont été liquidés. Épargne de précaution et bitcoin ne jouent pas dans la même catégorie, et rien ici ne vaut conseil d’investissement. Pourtant, la question du refuge change de nature quand le risque vient du bilan de l’État lui-même. La dette publique atteint en effet 3 615 milliards d’euros, soit 119,2 % du PIB.
Le vote solennel sur les recettes du budget 2027, prévu ce mardi 3 novembre, n’aura pas lieu. C’est le second report après celui du 20 octobre. Lundi à minuit, 758 amendements restaient à examiner. Un rejet des recettes renverrait le texte au Sénat dans sa version initiale. Dans ce cas, la taxe sur les conversions en stablecoins votée à 38 voix contre 37 tomberait avec lui. L’Assemblée doit donc se prononcer au plus tard le 17 novembre à minuit, douze jours après la manifestation du 5 contre la vie chère.
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