Binance : son directeur financier s’en va neuf jours après le hack à 6,3 milliards de dollars
11/08/2026Timing impeccable. Binance a annoncé samedi 7 novembre le départ de son directeur financier Kaiser Ng, neuf jours après le piratage le plus coûteux de l’histoire des cryptomonnaies. La plateforme venait à peine de rouvrir ses retraits et de voir filer des milliards de dollars en vingt-quatre heures. La co-CEO Yi He assure que la succession se préparait depuis six mois et le calendrier n’en fait pas moins jaser.
- Binance a annoncé le départ de son directeur financier, Kaiser Ng, neuf jours après un piratage historique de 6,3 milliards de dollars.
- Le régulateur singapourien a critiqué Binance, rappelant que l’exchange n’a pas le droit de fournir des services financiers réglementés à Singapour.
Kaiser Ng quitte Binance, Justin Yek hérite des comptes
L’annonce tient en quelques lignes transmises à Bloomberg et reprises par The Block. Kaiser Ng « a décidé de se lancer dans un nouveau projet » après plus de cinq ans chez Binance, selon Yi He. Son remplaçant s’appelle Justin Yek, jusqu’ici vice-président finance de la fintech de paiement Airwallex. Binance ne précise ni la date d’effet du départ, ni la nature de ce nouveau projet.
Kaiser Ng occupait le poste de directeur financier de Binance depuis janvier 2022, après un passage chez Kraken. Il tenait donc la caisse pendant les années les plus chahutées de l’exchange : l’amende de 4,3 milliards de dollars négociée avec la justice américaine en novembre 2023 et le départ forcé de Changpeng Zhao. Puis le 29 octobre est arrivé.
Hasard du calendrier ? Yi He a voulu couper court. Selon elle, le plan de transition « a été mis en œuvre au cours des six derniers mois ». Soit bien avant le piratage. Vous pouvez la croire sur parole. Mais aucun document public n’étaye ce calendrier, et une entreprise non cotée n’a aucune obligation d’en produire un. Yi He elle-même ne partage le fauteuil de co-CEO avec Richard Teng que depuis décembre 2025.
Piratage de Binance : 6,3 milliards de dollars envolés et un blanchiment méthodique
Retour sur la facture. Le 29 octobre, TraderTraitor a vidé des wallets de Binance sur plusieurs blockchains. Le FBI attribue l’attaque à ce groupe nord-coréen. Elliptic chiffre le butin à 6,43 milliards de dollars, dont 1,48 milliard en bitcoin. Binance parle de 6,3 milliards et a promis de ne rien répercuter sur ses clients. Son rapport d’incident du 3 novembre décrit une opération de plusieurs mois, avec un outil de développement piégé, un faux entretien d’embauche et des outils d’IA internes compromis qui ont ouvert l’accès à l’infrastructure de signature des wallets.
Les retraits ont rouvert le 1er novembre pour le bitcoin, puis pour une quinzaine de réseaux. Pas tous. Vendredi 6 novembre, Binance indiquait encore sur X viser la fin de la semaine suivante pour HYPE, INJ, APT, NEAR ou LTC. L’exchange avait reconstitué environ 95 % des actifs touchés au 2 novembre en piochant dans sa trésorerie et son fonds d’urgence SAFU.
Pendant ce temps, les pirates travaillent. D’après le dernier rapport d’Elliptic, les pirates ont déjà converti en bitcoin environ 124 millions de dollars d’altcoins. Ils ont pour cela utilisé plus de 20 000 wallets répartis sur 16 blockchains. Le XRP volé passe par le protocole d’échange THORChain. Quant au SOL, il a presque entièrement basculé en bitcoin. Le blanchiment des fonds volés reste pourtant loin d’être terminé. Le secteur a toutefois gelé près de 2,85 milliards de dollars. Environ 3,11 milliards dorment encore sur des adresses identifiées (surtout en ether et en bitcoin) et 470 millions manquent à l’appel. Tom Robinson, cofondateur d’Elliptic, s’attend à voir l’ether restant converti par petits lots puis écoulé via des courtiers de gré à gré et des réseaux de blanchiment chinois.
Singapour tacle Binance et juge le trading crypto inadapté au grand public
Le régulateur singapourien n’a pas attendu le départ du CFO pour enfoncer le clou. Le 5 novembre, l’Autorité monétaire de Singapour (MAS) a répondu au quotidien Lianhe Zaobao. Elle a rappelé que Binance n’a pas le droit de fournir des services financiers réglementés dans la cité-État. L’exchange figure aussi depuis septembre 2021 sur sa liste d’alerte aux investisseurs. « Le trading de crypto-actifs n’est pas adapté au grand public », a déclaré un porte-parole de la MAS. Le régulateur invite les consommateurs à ne pas traiter avec des entités non régulées. Il ajoute qu’un acteur licencié ne met personne à l’abri des risques propres aux cryptos.
Binance revendique pourtant près de 300 millions d’utilisateurs et environ 171 milliards de dollars d’actifs. La plateforme avait retiré sa demande de licence à Singapour en 2021 et fermé Binance.sg l’année suivante. La cité-État ressort donc le dossier cinq ans plus tard, au moment où l’exchange tente de convaincre ses clients que la caisse est pleine et que son nouveau gardien a été choisi sans précipitation.
Les départs en série ont déjà un précédent chez Binance. Quelques semaines avant l’accord de novembre 2023 avec la justice américaine, la plateforme avait perdu sa directrice générale pour la France et son responsable au Royaume-Uni en moins de dix jours. Justin Yek, lui, prend ses fonctions avec 470 millions de dollars toujours dans la nature et des retraits qui ne seront pas tous rétablis avant la mi-novembre.
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