Euro numérique sur la blockchain : Isabel Schnabel (BCE) détaille 3 modèles

Euro numérique sur la blockchain : Isabel Schnabel (BCE) détaille 3 modèles

10/02/2026 0 Par cryptolounge

Si l’argent circule désormais sur des registres partagés, la monnaie de banque centrale doit le suivre. C’est la thèse défendue jeudi 1er octobre à Londres par Isabel Schnabel. Elle s’exprimait à la conférence Future of Money de la Banque d’Angleterre, organisée en hommage à l’économiste Charles Goodhart. La membre du directoire y a donc posé trois scénarios pour inscrire les réserves de l’Eurosystème sur la blockchain.

Une passerelle tourne d’ailleurs déjà depuis le 21 septembre. Pour le détail de Pontes et d’Appia, voyez les trois projets que la BCE fait avancer en même temps. Ici, on s’intéresse plutôt à la suite, que Francfort dessine sans l’avoir encore choisie.

Les points clés de cet article :
  • La BCE a envisagé trois modèles pour intégrer les réserves bancaires sur la blockchain, révélant une future transformation du système monétaire.
  • Ces modèles ont conservé le système financier à deux étages, garantissant la prédominance de la monnaie centrale dans les règlements interbancaires.

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Trois modèles pour mettre la monnaie de banque centrale sur la blockchain

Commencez par le vocabulaire. Les réserves sont l’argent que les banques commerciales laissent sur leur compte à la banque centrale. C’est avec elles qu’elles se paient entre elles. Selon la présentation publiée par la BCE, Isabel Schnabel envisage ainsi trois manières de les porter sur un registre distribué. Autrement dit, sur la technologie qui fait tourner les blockchains.

D’abord, l’émission directe. La banque centrale crée ses réserves nativement sous forme de jetons, sur une plateforme programmable. Le jeton est alors la réserve.

Le deuxième modèle, lui, ne touche à rien. T2, le système de règlement de l’Eurosystème, reste en place. Puis une couche d’interopérabilité le relie aux plateformes blockchain. Les réserves ne sont donc pas tokenisées : les deux mondes se synchronisent par un hash. Il s’agit d’une empreinte cryptographique qui atteste qu’une même opération est inscrite des deux côtés.

Enfin, le troisième confie le dernier mètre au privé. La banque centrale tokenise les réserves, puis un acteur privé émet des jetons de règlement entièrement adossés à ces réserves. Ces jetons sont par conséquent des créances privées, et non des créances sur la BCE. Sur le papier, ça ressemble pourtant furieusement à un stablecoin dont le coffre dormirait à Francfort.

Le système à deux étages, ligne rouge de la BCE sur la blockchain

La BCE veut bien tokeniser, à condition de ne pas toucher à l’architecture monétaire. Car selon Isabel Schnabel, les trois modèles conservent le système à deux étages que vous utilisez sans y penser. La monnaie de banque centrale reste au cœur du règlement entre banques. De leur côté, les banques commerciales continuent de fournir comptes, crédits et services aux clients. Sa présentation résume ce socle en trois mots, « fiable, sûr, extensible ». Elle rappelle aussi la parité de 1 pour 1 entre réserves et dépôts.

Les stablecoins y sont rangés parmi les actifs de règlement privés, aux côtés des dépôts tokenisés. Or ce classement n’a rien d’anodin. Le 28 août, à Jackson Hole, la même Schnabel estimait que « les stablecoins sont surclassés par les solutions de règlement fondées sur la monnaie de banque centrale ». En cause selon elle, la capacité unique des banques centrales à fournir de la liquidité à la demande. Message reçu, on imagine, chez Tether et Circle.

Atomicité et programmabilité : ce que la tokenisation promet aux marchés

Imaginez une banque qui achète une obligation tokenisée. Aujourd’hui, le titre et l’argent voyagent sur deux circuits distincts. Il y a donc un décalage, et un risque que l’un arrive sans l’autre. Sur un registre partagé, en revanche, la BCE vante deux propriétés. La programmabilité rend le règlement conditionnel à des règles exécutées automatiquement. Quant à l’atomicité, elle garantit que les deux jambes de la transaction se règlent ensemble, ou pas du tout.

Le secteur, lui, en redemande. Lloyds a interrogé les décideurs des grandes institutions financières britanniques, selon The Block. Parmi eux, 71 % pensent que la tokenisation va remodeler leur métier. De plus, 60 % citent des paiements plus rapides comme premier bénéfice.

Pontes, lancé le 21 septembre, offre déjà un double circuit de règlement, via T2 ou via la blockchain. Une disponibilité 24 heures sur 24 est aussi annoncée pour plus tard. Appia, le schéma de long terme, compare pour sa part plusieurs architectures. Elles vont du registre unifié aux réseaux interconnectés, en passant par des registres partagés entre l’Eurosystème et les plateformes de marché.

Par ailleurs, Francfort ne compte pas rester simple fournisseur de rails. La BCE prévoit aussi d’investir ses propres fonds dans des titres tokenisés. Au fond, le choix entre les trois modèles dira qui émettra l’euro des blockchains, la banque centrale ou les banques. Appia doit trancher l’architecture d’ici 2028.

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