Le G7 ouvre ses réserves de pétrole, le Brent souffre à 100 dollars
10/02/2026Une goutte de pétrole vaut une goutte de sang. (Georges Clemenceau, 1917)
Clemenceau ne croyait pas si bien dire. En décembre 1917, le Tigre réclamait à Washington des pétroliers pour ne pas perdre la guerre. Cent neuf ans plus tard, les rôles se sont inversés, et c’est l’Amérique qui pousse l’Europe à ouvrir ses réserves de pétrole.
Vendredi 2 octobre, milieu d’après-midi. Emmanuel Macron sort d’une visioconférence du G7 et lâche le chiffre que les salles de marché guettaient depuis le matin. Jusqu’à 100 millions de barils de diesel et de brut vont sortir des stocks stratégiques du G7 en quatre mois.
Les traders n’avaient pas attendu la conférence de presse. Les cours glissaient depuis les premières fuites de la journée. Résultat, le Brent est repassé sous la barre des 100 dollars. Il l’avait crevée le 9 septembre avec les frappes houthies sur l’Arabie saoudite. Le diesel a décroché plus fort encore.
- Emmanuel Macron a annoncé la libération de 100 millions de barils de pétrole depuis les stocks stratégiques pour stabiliser le marché.
- Les États-Unis ont exercé une pression sur l’Europe pour ouvrir leurs réserves de pétrole, menaçant de restreindre leurs exportations de diesel.
Réserves de pétrole, 100 millions de barils pour éteindre l’incendie
« On a décidé de relâcher les stocks stratégiques de diesel et de pétrole brut sous la coordination de l’Agence internationale de l’énergie », a déclaré le chef de l’État, cité par le JDD. Le calendrier est serré. Des prélèvements substantiels doivent intervenir dans les 20 prochains jours. Par ailleurs, les membres s’engagent à ne pas restreindre leurs exportations de produits pétroliers entre eux.
La mécanique vient de Paris. La proposition française prévoyait 50 millions de barils de diesel puisés dans les réserves européennes. S’y ajoutaient 50 millions de barils de brut apportés par les pays de l’AIE, soit jusqu’à 100 millions de barils au total. Le découpage final reste à préciser.
Le G7 se dit prêt à remettre du diesel dans la balance si le marché l’exige. Ces barils servent d’abord à tenir les engagements pris en mars. Cette opération coordonnée de 400 millions de barils n’est encore qu’en partie exécutée. Comme le relève Oilprice, rien ne garantit donc 100 millions de barils neufs.
Trump a forcé l’Europe à ouvrir ses réserves de pétrole
Derrière la générosité européenne, il y a un pistolet sur la table. Washington menaçait d’interdire les exportations de diesel américain vers le Vieux Continent. Or les États-Unis ont fourni environ la moitié du diesel importé par l’UE en août.
Le secrétaire au Trésor Scott Bessent a posé le décor sans détour. Les agriculteurs et les routiers américains « ne doivent pas porter seuls le fardeau d’une pénurie mondiale de diesel », a-t-il fait savoir. Le gallon de diesel s’affichait vendredi à 6,37 dollars en moyenne à la pompe américaine, contre 3,70 dollars un an plus tôt.
Bruxelles a pourtant tenté de résister. La Commission européenne jugeait qu’une interdiction d’exporter minerait la confiance dans l’Amérique comme partenaire fiable, et Berlin traînait des pieds. Donald Trump, lui, s’est félicité que l’Europe commence à relâcher « une quantité massive » de diesel.
Le 22 septembre à la Trump Tower, Emmanuel Macron avait abattu d’autres cartes. Il proposait d’abord une résolution de l’ONU pour rouvrir le détroit d’Ormuz. Il plaidait aussi pour sécuriser le port saoudien de Yanbu et l’oléoduc Est-Ouest visés par les Houthis. Enfin, il réclamait un moratoire sur les frappes énergétiques en Ukraine. Seul le déstockage arrive aujourd’hui dans l’assiette.
Futures du pétrole en chute, Bitcoin regarde ailleurs
La sanction a été immédiate sur les contrats à terme (les futures, qui fixent aujourd’hui le prix d’un baril livré dans plusieurs semaines). En séance vendredi, le WTI de novembre reculait d’environ 4 % vers 89 dollars. Dans le même temps, le Brent de décembre repassait sous les 100 dollars. Le gasoil européen a perdu plus de 4 %. Le soulagement n’a pas tenu toute la séance. Après un plus bas à 98,40 dollars vers 16 heures, le Brent est remonté au-dessus des 101 dollars le soir.

Le signal le plus parlant se cache dans l’écart entre diesel et brut. Cette marge de raffinage est passée de 76,77 à environ 69 dollars le baril, selon Oilprice. Un soulagement réel. Le site rappelle toutefois que la pénurie de diesel dépend toujours du redémarrage des raffineries endommagées ou à l’arrêt.
Côté crypto, Bitcoin n’a pas attendu le G7 pour respirer. La reine des cryptos évoluait autour de 86 200 dollars en début d’après-midi (+2,9 % sur 24 heures). Des liquidations de positions vendeuses et la détente des rendements obligataires l’ont portée. Un pétrole moins cher reste une bonne nouvelle pour elle. En effet, chaque dollar retiré au baril desserre un peu l’étau de l’inflation qui pèse sur la Fed.
Selon l’AIE, le détroit d’Ormuz n’a laissé passer que 7,6 millions de barils par jour en août. C’est 13,1 millions de moins qu’avant la guerre. Or, sur quatre mois, soit environ 120 jours, le G7 puise dans ses réserves de pétrole 100 millions de barils. Cela représente au maximum quelque 830 000 barils par jour. De quoi compenser à peine 6 % du manque à gagner quotidien. Le G7 achète du temps, pas des barils.
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