Après 60 ans, Warren Buffett quitte la présidence de Berkshire Hathaway
09/19/2026Le roi est mort, vive le roi. Après soixante ans à la tête de Berkshire Hathaway, Warren Buffett n’est plus président du conseil d’administration. L’annonce est tombée par communiqué le 18 septembre 2026 : à 96 ans, l’homme devient président d’honneur (« Chairman Emeritus »), reste administrateur, et cède son fauteuil à son fils Howard G. Buffett, membre du conseil depuis 1993. Greg Abel garde les commandes opérationnelles en tant que CEO.
Une page se tourne. Celui qui a bâti l’un des plus grands empires financiers du monde restera aussi comme l’un des adversaires les plus tenaces du Bitcoin.
- Warren Buffett a cédé son poste de président du conseil d’administration de Berkshire Hathaway à son fils Howard G. Buffett, marquant ainsi la fin d’une ère de soixante ans.
- Malgré son mépris historique pour le Bitcoin, Berkshire Hathaway a discrètement investi dans Nu Holdings, une entreprise impliquée dans le trading de cryptomonnaies, soulevant des questions intrigantes sur une possible évolution de la doctrine de l’entreprise.
Berkshire Hathaway version 2026 : Howard préside, Greg dirige, Warren observe
Rien d’improvisé dans ce passage de témoin. Le communiqué officiel le présente comme la suite logique d’un plan de succession annoncé de longue date. Susan Decker garde son rôle d’administratrice indépendante principale.
Greg Abel, lui, a salué « l’impact de Warren sur Berkshire et ses actionnaires, sans équivalent dans l’histoire de l’entreprise américaine ». Buffett a résumé la mécanique en une phrase, dans sa lettre aux actionnaires : « Greg dirige l’entreprise. Howard en gardera la culture et les valeurs, qui valent plus que tout ce qui figure à notre bilan. »
Howard Buffett n’est pas un inconnu du sérail. Administrateur depuis plus de trente ans, il préside depuis 1999 la fondation familiale dédiée à la sécurité alimentaire. Il a aussi longtemps siégé au conseil de Coca-Cola ou d’Archer Daniels Midland.
Son père, fidèle à son sens de la formule, a résumé son propre bilan sans fausse pudeur :
« Je suis au service de Berkshire depuis 1965. Plus de soixante ans après, j’ai toujours le meilleur métier du monde. »
Sur Abel, promu CEO en janvier :
« Mes attentes envers lui étaient déjà très élevées au départ. Il les a dépassées. »
Et sur l’inévitable, avec la pointe d’humour qui a fait sa réputation :
« Le temps finit toujours par gagner. Il a cependant été généreux avec moi. »
Voilà pour le protocole. Passons à ce qu’on est vraiment venus faire.

Warren Buffett et Bitcoin : un demi-siècle de mépris assumé
Le Journal du Coin ne pouvait pas le laisser filer vers la retraite sans lui dire au revoir à sa manière. Sur un point, il n’a jamais varié. Sa détestation du Bitcoin, entretenue avec constance depuis plus de dix ans, meeting après meeting, comme d’autres collectionnent les timbres. Voici, en son honneur, un florilège forcément à charge, du plus ancien au plus savoureux.
« C’est un mirage. Restez-en éloignés. »
Warren Buffett, CNBC, mars 2014
Le degré zéro du mépris, sur lequel il ne variera plus, brandissant la carte de la bulle spéculative à chaque occasion suivante.
« C’est sans doute du poison à rats, à la puissance deux. »
Warren Buffett, CNBC, mai 2018
Quelques jours plus tôt, dans une autre interview, il évoquait déjà un pur jeu de hasard, sans intérêt spéculatif digne d’un investissement.
« Le bitcoin est une illusion collective qui attire les charlatans. »
Warren Buffett, CNBC, février 2019
Rebelote en 2020, quand il persiste et signe : les cryptomonnaies n’ont, selon lui, toujours aucune valeur.
« Si vous me disiez posséder tout le bitcoin du monde et me le proposiez pour 25 dollars, je ne l’achèterais pas. Ça ne fait rien. Ça reste juste là. »
Warren Buffett, assemblée générale Berkshire, mai 2022
La sortie fait le tour du monde crypto. Elle lui vaudra même des retours de bâton : Robert Kiyosaki le traitera, lui et Peter Schiff, de vraiment stupides.
Son bras droit de toujours, Charlie Munger, n’était pas en reste avant sa mort en 2023. Sa formule à lui, lâchée sans trembler devant les actionnaires du Daily Journal : « La crypto, c’est un peu comme une maladie vénérienne. » De quoi tenir un musée entier, à Omaha, rien que pour ça.
Le paradoxe Nu Holdings : quand Berkshire finance la crypto sans le dire
Sauf que l’histoire ne s’arrête pas à la punchline. Pendant que Buffett démolissait le Bitcoin en conférence de presse, Berkshire Hathaway plaçait discrètement de l’argent ailleurs. En 2021, le groupe investit 500 millions de dollars dans le tour de table de Nu Holdings, la néobanque brésilienne mère de Nubank. Il remet ensuite 250 millions de dollars au pot.
Dernière photographie disponible via les dépôts réglementaires (13F), au troisième trimestre 2024, et non une position actualisée à ce jour : Berkshire détenait alors plus de 86 millions d’actions Nu, valorisées autour de 1,2 milliard de dollars. Une ligne passée de 0,1 % à 0,4 % du portefeuille en deux ans.
Et voici le détail qui pique. Nubank propose du trading crypto depuis 2022, bitcoin et ether compris, via sa filiale Nubank Cripto. L’homme qui refusait tout le bitcoin du monde contre 25 dollars a donc fini par toucher des dividendes d’une entreprise qui, elle, en vend. Ce n’est pas tout à fait la même chose qu’acheter du BTC. Mais l’ironie reste difficile à rater.
Une page qui se tourne, une doctrine qui pourrait bouger
Sur le fond, rien ne change officiellement à la doctrine Berkshire. Aucun bitcoin au bilan, aucune annonce en ce sens dans le communiqué du 18 septembre.
Mais la voix qui portait ce mépris depuis 2014 n’est plus celle qui tient le micro. Greg Abel, désormais seul aux commandes opérationnelles, n’a jamais répété en public la moindre punchline anti-Bitcoin de son prédécesseur. Et pendant que Buffett préservait son cash plutôt que de toucher au BTC, Berkshire aurait, selon des estimations de marché, laissé filer près de 850 millions de dollars de gains potentiels en restant à l’écart.
Le roi est mort, vive le roi. Le nouveau, lui, n’a encore rien dit sur Bitcoin.
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