Caroline Ellison retrouve un poste : L’ex-bras droit de FTX rebondit chez la fondation caritative Manifund
09/14/2026Il n’est jamais trop tard pour bien faire. Caroline Ellison a retrouvé un emploi. Sortie de prison en janvier après avoir purgé une partie de sa peine, l’ex-patronne d’Alameda Research travaille désormais pour Manifund. Cette fondation caritative américaine se consacre à la sécurité de l’intelligence artificielle et à l’altruisme efficace. Un tribunal l’avait pourtant condamnée à deux ans de prison pour son rôle dans l’effondrement de FTX. Le cofondateur de la structure a fait l’annonce ce vendredi, deux mois après l’arrivée d’Ellison, qui est restée cachée sous un pseudonyme tout ce temps.
- Caroline Ellison a retrouvé un emploi chez Manifund après avoir purgé une partie de sa peine liée au scandale FTX.
- Son recrutement discret sous pseudonyme chez Manifund a suscité des critiques quant à la transparence de la fondation.
Caroline Ellison recrutée en catimini, un pseudonyme pour couverture
C’est Austin Chen, cofondateur de Manifund, qui raconte l’envers du décor dans un billet publié sur Substack. Caroline Ellison a débuté une période d’essai le 13 juillet, transformée en poste à temps plein le 10 août. Pendant ces deux mois, elle a publié ses travaux et épaulé les utilisateurs de la plateforme sous le nom de « Carol », sans que personne ne sache qui se cachait derrière. Chen l’admet lui-même : ce choix de la discrétion « compromet la transparence », un principe que Manifund revendique pourtant comme un pilier de son fonctionnement.
« Je suis heureux d’annoncer que Caroline Ellison a accepté un rôle chez Manifund, pour développer notre plateforme de financement et rechercher comment diriger efficacement les dollars philanthropiques.»
Sa mission : renforcer la plateforme de financement de Manifund, qui héberge des appels à projets et des campagnes de dons. Elle doit aussi trouver la meilleure façon de flécher l’argent des donateurs. Chen justifie son choix par les compétences financières de l’intéressée. Il met en avant un outil de réconciliation comptable qu’elle a bâti, capable de repérer plusieurs transactions mal enregistrées pour des montants à cinq ou six chiffres. Ironie de la situation : sa comptabilité truquée chez Alameda avait justement servi à dissimuler des milliards de dollars de dettes.
Manifund mise sur la rédemption, tout le monde n’y croit pas
Chen ne cache rien de ses motivations. Il évoque même une dette morale envers le FTX Future Fund, qui avait financé les débuts de Manifund et la conférence où il a rencontré sa femme. Puis il ajoute :
« Je crois en la rédemption. Caroline a reconnu ses torts, travaillé à rembourser les créanciers et purgé sa peine. »
De son côté, Ellison confie qu’elle ne voulait pas d’annonce publique avant la confirmation de son poste. Elle craignait en effet d’être renvoyée un mois plus tard, sous le regard de tous.
« J’ai beaucoup parlé de ce que j’ai fait de mal chez Alameda/FTX—vous pouvez lire ce que j’ai dit lors de mon plaidoyer, pendant le procès et mes remarques lors de la détermination de la peine. Je suis profondément désolé pour ce que j’ai fait et je comprends parfaitement pourquoi les gens ne veulent peut-être pas travailler avec moi. Mais je suis très reconnaissant à Austin de m’avoir donné une seconde chance et de m’avoir jugé sur mes performances professionnelles actuelles plutôt que sur mes performances passées. Je me sens très chanceux non seulement d’avoir un travail, mais aussi de travailler dans un endroit qui, selon moi, fait un excellent travail et qui a une mission en laquelle je crois.
Lorsque j’ai commencé mon essai professionnel, ne sachant pas si j’obtiendrais une offre à temps plein à la fin, je ne voulais pas passer par une annonce publique juste pour potentiellement être licencié un mois plus tard. Mais maintenant que j’ai accepté une offre à temps plein chez Manifund, je veux être franc à ce sujet.
Je suis ravi de continuer à améliorer notre infrastructure technique, de travailler sur les opérations et le support client et de publier des mises à jour sur notre newsletter.
Je ne répondrai probablement pas aux commentaires sur ce post—désolé.»
Caroline Ellison
Caroline Ellison, responsable de l’implosion de l’écosystème en 2022 ?
Sur le fond, les faits qu’on lui reproche ne relèvent pas du détail. Numéro deux de Sam Bankman-Fried à la tête d’Alameda Research, elle a plaidé coupable de fraude, de conspiration et de blanchiment d’argent devant la justice américaine.
Elle a reconnu avoir puisé dans les fonds des clients de FTX pour combler les pertes d’Alameda. Elle admet aussi avoir transmis à ses créanciers des bilans truqués, qui dissimulaient l’ampleur de la dette. Lors du procès, elle est aussi revenue sur l’influence de l’altruisme efficace cher à Bankman-Fried : sa conviction utilitariste, selon laquelle seule comptait la maximisation du bien collectif, l’aurait rendue, selon ses propres mots, « plus encline à mentir et à voler ». Ces aveux figurent d’ailleurs dans le document judiciaire qu’Ellison relie elle-même depuis l’annonce de son embauche chez Manifund.
Toutefois, la sincérité affichée ne suffit pas à couper court aux critiques. Comme le rapporte The Block, cette embauche teste la capacité de l’écosystème crypto à digérer une culture de la seconde chance. Le scandale FTX, qui a englouti des milliards de dollars d’épargnants, remonte à trois ans à peine.
Ellison avait pourtant accepté de restituer l’intégralité de ses gains mal acquis et coopéré activement avec la justice américaine. Cette attitude lui avait valu une libération anticipée après quinze mois de détention, sur les deux ans prononcés. Un parcours qui ne suffira pas à convaincre tout le secteur : il rappelle surtout qu’à Washington comme dans la Silicon Valley, la ligne entre disgrâce et deuxième carrière reste étonnamment poreuse pour qui sait se montrer utile.
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