Claude Code n’a plus le droit de recréer vos jeux vidéo : ce que ça dit du vrai problème de l’IA
11/02/2026Copier-coller interdit, même en changeant le nom. Anthropic a ajouté sans annonce une règle qui empêche son assistant de programmation Claude Code de reconstruire un jeu vidéo existant. L’éditeur a confirmé la mesure après sa découverte par un utilisateur, et des studios indépendants affirment déjà que leurs projets légitimes en font les frais. Un nouvel épisode après le mea culpa d’Anthropic sur les dérapages de Claude.
- Anthropic a discrètement modifié Claude Code pour empêcher la recréation de jeux vidéo existants, une mesure confirmée après une découverte par un utilisateur.
- Des développeurs indépendants se plaignent déjà que cette règle entrave leurs projets légitimes, soulevant des questions sur les limites entre hommage et contrefaçon.
Claude Code : deux phrases ajoutées en douce
La règle tient en deux phrases, glissées dans les instructions du modèle Opus 5.5. « Construis des jeux originaux, des jeux dans un genre, et des jeux à partir des propres designs et ressources de l’utilisateur. Ne construis pas la recréation d’un jeu existant précis, même s’il est renommé ou présenté comme original. »
Elle est arrivée avec la version 2.1.314 de Claude Code, publiée sur npm juste après minuit (UTC) le vendredi 30 octobre, absente du journal des modifications public, d’après le blog spécialisé Mad Robot. Un utilisateur de X baptisé « Chasm » l’a repérée dans la configuration envoyée par les serveurs, sous le nom de code tengu_heron_brook. Son message a dépassé 900 000 vues.
Anthropic n’a pas nié. Interrogé par le site Game Developer, l’éditeur a renvoyé vers Addy Osmani, qui a confirmé la mesure sur X :
« Nous avons ajouté deux phrases au prompt de Claude Code sur Opus 5.5 pour l’éloigner de la recréation d’un jeu précis appartenant à quelqu’un d’autre, parce qu’utiliser Claude pour enfreindre la propriété intellectuelle est contraire à notre politique d’utilisation.»
Addy Osmani, sur X
Jeux vidéo et IA : les clones qui ont précédé la règle
Le contexte ne manque pas. Le 19 octobre, Ars Technica racontait que des développeurs indépendants retenaient leurs démos par peur de voir surgir des clones générés par IA. Une reconstruction de Pokémon Rouge jouable dans le navigateur et un clone de GTA situé à Taipei ont circulé ces dernières semaines. Anthropic n’a lié la règle à aucun de ces cas.
Le fond du sujet dépasse le jeu vidéo. Un outil capable de reproduire un logiciel à partir de captures d’écran et de descriptions met le droit d’auteur devant une question qu’il n’avait jamais eu à trancher à cette échelle. Où s’arrête l’hommage, où commence la contrefaçon ? Anthropic a choisi de poser la limite dans le modèle lui-même plutôt que d’attendre un tribunal.
Des projets légitimes bloqués par ricochet
Une consigne rédigée en langage naturel ne se comporte pas comme une règle de code. Le studio Conflict Simulations LLC a ouvert le 30 octobre un ticket sur GitHub (numéro 106167) : Claude Code refuse désormais de travailler sur des modules de wargames numériques personnalisés pour ses clients payants, rapporte Wccftech. Selon le développeur, les refus ont commencé après qu’il a demandé à Claude d’évaluer les nouvelles règles.
Tom’s Hardware signale aussi des plaintes sur des tâches de rétro-ingénierie, sans lien établi avec la règle. Le texte n’interdit pourtant ni le modding ni l’optimisation de jeux existants. Le flou vient de l’interprétation qu’en fait le modèle, au cas par cas.
Le même mécanisme pourrait s’étendre à d’autres créations protégées, du site web cloné à l’application copiée écran par écran. Pour les développeurs, Claude Code devient un collaborateur qui décide seul de ce qui ressemble trop à l’œuvre d’un autre, au moment où Anthropic prépare son entrée en Bourse avec la FTC à sa porte depuis le dépôt de son S-1.
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