Crypto : 8 millions de dollars de lobbying pour le Clarity Act, et toujours pas de loi
10/01/2026« L’argent est le lait maternel de la politique. » (Jesse Unruh) Le secteur crypto en a versé des litres à Washington au premier semestre 2026. Huit millions de dollars de lobbying ont servi à pousser le Clarity Act, selon les déclarations fédérales compilées par CoinDesk.
Le texte devait enfin répartir les rôles entre la SEC et la CFTC sur les actifs numériques. Le 15 septembre, il a échoué au Sénat à une voix près.
Points clés
- 8 millions de dollars de lobbying pour le Clarity Act au premier semestre, sur 13 millions dépensés par tout le secteur
- Adopté à 294 voix contre 134 à la Chambre en juillet 2025, le texte a échoué au Sénat le 15 septembre 2026 par 49 voix contre 50
- La SEC et la CFTC avancent sans le Congrès : ETF altcoins, taxonomie des jetons, trading spot sur des bourses régulées
- Fairshake garde un peu plus de 90 millions de dollars pour les élections du 3 novembre
Clarity Act : un vote large à la Chambre, un échec à une voix au Sénat
Le Clarity Act n’a pourtant pas manqué de relais. Le 17 juillet 2025, la Chambre des représentants l’adoptait par 294 voix contre 134, dont 78 démocrates (dossier législatif H.R. 3633). Le texte confie à la CFTC les actifs numériques traités comme des matières premières. La SEC garde ceux vendus dans le cadre d’un contrat d’investissement.
Au Sénat, la mécanique s’est grippée. Les commissions de l’agriculture et des affaires bancaires ont adopté leurs versions en janvier puis en mai 2026. La motion de clôture, déposée le 8 août, est arrivée en séance le 15 septembre. Elle a échoué par 49 voix contre 50, loin des 60 requises, et sans une seule voix démocrate (vote n° 234 du Sénat). Thom Tillis a voté contre à dessein. Ce vote lui permet de réclamer un nouveau scrutin.
Côté démocrate, Ruben Gallego et une douzaine de sénateurs ont fait monter les enchères. Ils réclamaient des garde-fous sur les activités crypto de la famille Trump, de World Liberty Financial au minage d’American Bitcoin. Le lobby bancaire a poussé en parallèle pour verrouiller toute rémunération des détenteurs de stablecoins. Et ce point a fait vaciller le premier financeur du texte : Brian Armstrong avait retiré le soutien de Coinbase dès janvier (CoinDesk).
À lire aussi : La Maison-Blanche accuse les démocrates d’avoir enterré le CLARITY Act
Lobbying crypto : l’argent se déplace vers les midterms
Pour autant, les chèques n’ont pas cessé de partir. Coinbase arrive en tête avec environ 2,2 millions de dollars consacrés au texte, devant Kraken (1 million). Digital Currency Group, Jump Crypto et Paradigm complètent le peloton. Le secteur a dépensé 13 millions de dollars en lobbying sur le semestre, d’après le décompte de CoinDesk. La Blockchain Association revendique à elle seule plus de 380 rendez-vous avec des collaborateurs parlementaires.
L’infanterie ne date pas d’hier. Public Citizen recensait déjà 320 lobbyistes crypto en 2021, soit plus d’un pour deux élus du Congrès. Leur nombre avait presque triplé en trois ans.
Mais pendant que le Sénat piétine, l’essentiel des demandes du secteur avance par la voie réglementaire. La SEC de Paul Atkins a lancé Project Crypto à l’été 2025. En septembre, elle a validé des standards de cotation génériques qui ont ouvert la porte à des dizaines d’ETF sur altcoins. Puis elle a engagé des travaux sur une taxonomie des jetons. La CFTC a de son côté ouvert le trading spot de cryptos sur les bourses de contrats à terme qu’elle supervise, levier compris.
Les lobbyistes ont donc obtenu beaucoup, sauf la seule chose qu’ils étaient payés pour décrocher. Une règle administrative se défait aussi vite qu’elle s’écrit. Une loi, elle, survivrait au prochain locataire de la SEC. Le Sénat siège encore jusqu’au 6 novembre, mais la Chambre a quitté Washington pour faire campagne.
Le secteur a changé de levier. Le 22 septembre, Fairshake a engagé 30 millions de dollars contre le retour de Sherrod Brown au Sénat dans l’Ohio. Le super PAC financé par Coinbase, Ripple et Andreessen Horowitz garde un peu plus de 90 millions de dollars pour le scrutin du 3 novembre (comptes déposés à la FEC). C’est plus de dix fois ce que le Clarity Act a coûté en lobbying. En 2024, sa structure affiliée Defend American Jobs avait dépensé environ 40 millions pour faire battre le même Sherrod Brown.
L’article Crypto : 8 millions de dollars de lobbying pour le Clarity Act, et toujours pas de loi est apparu en premier sur Journal du Coin.


