Crypto : Aave attaque la BCE sur l’interdiction du rendement des stablecoins

Crypto : Aave attaque la BCE sur l’interdiction du rendement des stablecoins

10/02/2026 0 Par cryptolounge

Francfort dans le viseur d’Aave. Stani Kulechov, fondateur du premier protocole de prêt décentralisé Aave, a publié sur X une charge contre la Banque centrale européenne et l’Autorité bancaire européenne. En cause, leurs contributions à la consultation sur la révision de MiCA. Les deux institutions y plaident pour un élargissement de l’interdiction de rémunérer les stablecoins. Elles réclament aussi un sérieux tour de vis sur l’accès des prestataires européens à la DeFi.

Les plateformes agréées dans l’Union ont plus à perdre que quelques points de rendement. En effet, ces documents techniques décident si un acteur régulé en Europe pourra encore brancher ses clients sur un protocole onchain.

Points clés

  • La BCE et l’EBA demandent d’étendre au-delà des émetteurs et des prestataires le verrou posé par l’article 50 de MiCA, jusqu’au prêt, à l’emprunt et au staking
  • Les deux institutions veulent aussi encadrer la capacité des acteurs agréés à orienter leurs clients vers les protocoles onchain
  • Stani Kulechov oppose l’absence d’émetteur payeur et le caractère non custodial des marchés de prêt d’Aave
  • Toute extension du dispositif exigera un vote du Parlement européen et du Conseil, pas une simple recommandation

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MiCA : la BCE et l’EBA veulent durcir l’interdiction du rendement des stablecoins

L’interdiction existe déjà. Le volet émetteurs de MiCA s’applique depuis le 30 juin 2024, le reste du règlement depuis fin décembre. Aucun émetteur de jeton de monnaie électronique ne peut verser d’intérêt à ses porteurs. La catégorie englobe l’USDC de Circle, l’EURC ou l’EURCV de Société Générale. Les prestataires de services sur crypto-actifs (PSCA) qui distribuent ces jetons sont d’ailleurs logés à la même enseigne.

« Les émetteurs de jetons de monnaie électronique ne versent pas d’intérêts en lien avec ces jetons. »

Article 50 du règlement européen MiCA (UE) 2023/1114

Ce que proposent la BCE et l’EBA, c’est de fermer la porte de derrière. L’article 50 interdit déjà de verser un intérêt pour la simple détention d’un stablecoin. Cela vaut aussi pour une remise ou un avantage accordé par un tiers. Toutefois, on peut encore contourner l’interdit en prêtant ses jetons, en les stakant, ou en touchant des points de fidélité. C’est ce que les contributions veulent attraper.

La réponse la plus nette vient du Système européen de banques centrales (la BCE et les banques centrales nationales). Sa contribution date du 22 septembre. L’interdiction ne devrait plus s’arrêter aux services déjà couverts par MiCA. Elle devrait aussi viser le prêt, l’emprunt et le staking, même quand aucun prestataire agréé n’est dans la boucle. Deux jours plus tard, l’EBA dit la même chose autrement. Prêter un stablecoin pour en tirer un rendement, c’est selon elle contourner ce que le règlement défend. Le raisonnement n’a pas bougé depuis Libra, le projet de monnaie de Facebook. En effet, un stablecoin qui rapporte ressemble à un compte bancaire. Or, s’il attire les dépôts, les banques ont moins d’argent à prêter à l’économie. Ainsi, l’interdiction du rendement protège autant le bilan des banques que l’épargnant.

Stablecoins : Washington mène le même débat

Le même combat se joue à Washington. Donald Trump a promulgué le GENIUS Act le 18 juillet 2025. Il interdit déjà à l’émetteur d’un stablecoin de paiement de verser un rendement lié à la seule détention. Depuis, les lobbies bancaires américains demandent d’étendre l’interdit aux plateformes d’échange et à leurs filiales. En avril 2025, un comité consultatif du Trésor s’est penché sur les comptes courants des Américains. Il y a chiffré les dépôts à environ 6 600 milliards de dollars. Or c’est le stock le plus facile à déplacer vers un stablecoin.

En revanche, le débat européen porte sur une base minuscule. Le dollar concentre l’essentiel des stablecoins en circulation. Les jetons libellés en euros restent très en dessous de 1% de ce marché.

DeFi : Aave redoute un verrou sur l’accès des prestataires européens

Mais c’est le second volet des contributions qui fait bondir Stani Kulechov. Les deux autorités veulent encadrer l’accès des prestataires agréés aux protocoles décentralisés. Concrètement, l’EBA demande une analyse coûts-avantages pour faire de l’intermédiation de prêt un service MiCA. Elle pose aussi sur la table des tests d’adéquation, des plafonds de levier et une certification éventuelle des protocoles. Une plateforme française ou allemande agréée ne pourrait alors plus orienter ses clients vers Aave ou Morpho sans ce filtre. Le fondateur d’Aave y voit le risque de jardins clos. Les régulateurs décideraient en effet quels protocoles sont adaptés aux utilisateurs européens.

Il oppose à cette lecture la mécanique du protocole. Aucun émetteur ne verse d’intérêt sur Aave. Le taux sort de la rencontre entre les dépôts et les emprunts sur un marché ouvert. De plus, les fonds restent dans des contrats intelligents que personne ne contrôle unilatéralement. Enfin, le code est open source depuis le lancement du protocole en 2020. Selon lui, couper les acteurs régulés de cette plomberie ne ferait donc pas disparaître la demande européenne. Elle migrerait plutôt vers des interfaces hébergées hors de l’Union, sans la moindre vérification d’identité.

Aave, un acteur qui a beaucoup à perdre

Le plaidoyer est intéressé, et le protocole a de quoi défendre. Aave domine le crédit décentralisé, avec environ 34 milliards de dollars fournis sur ses marchés. Il émet aussi son propre stablecoin, GHO. Par ailleurs, il a ouvert avec Horizon un accès destiné aux institutionnels sur les actifs tokenisés du monde réel. Une Europe fermée aux prestataires le priverait donc d’un canal de distribution réglementé. À l’inverse, Washington a annulé le 10 avril 2025 la règle de déclaration fiscale qui assimilait les interfaces DeFi à des courtiers.

La BCE pilote en parallèle un projet concurrent. Son conseil des gouverneurs a validé le 30 octobre 2025 le passage à la phase suivante de l’euro numérique. Un premier pilote est visé pour le second semestre 2027, et une émission est possible en 2029. Celle-ci reste toutefois suspendue au vote du règlement par les colégislateurs. L’euro numérique n’est pas conçu pour rémunérer. Pourtant, un stablecoin en euros qui verserait un rendement viendrait se placer sur le même terrain. Il deviendrait une monnaie électronique européenne susceptible de capter des dépôts.

Rien de tout cela n’est encore du droit. Ces contributions nourrissent un rapport de la Commission européenne. Toute extension de l’interdiction au-delà des émetteurs et des prestataires agréés devra ensuite passer par une modification du règlement. Il faudra donc un vote du Parlement européen et du Conseil. D’ici là, ni Aave ni ses utilisateurs européens n’ont besoin d’un agrément pour prêter onchain.

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