Crypto, IA, esclavage : L’ONU dévoile un empire criminel à 114 milliards de dollars
07/24/2026Une économie criminelle au PIB d’un État. Les escroqueries liées aux réseaux opérant depuis l’Asie du Sud-Est ont infligé entre 88,3 et 114,1 milliards de dollars de pertes en 2025 à travers l’Asie-Pacifique, selon un rapport de l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime publié le 21 juillet. Un montant plus de trois fois supérieur aux estimations de 2023. Au cœur de cette industrie : des centres d’arnaque, du travail forcé et de la crypto utilisées pour déplacer et blanchir les profits.
Points clés
- Les pertes liées aux arnaques ont atteint entre 88,3 et 114,1 milliards de dollars en 2025.
- Les réseaux fonctionnent comme des franchises mutualisant fraude, blanchiment crypto, trafic humain et collecte de données.
- Des personnes originaires d’au moins 80 pays ont été identifiées dans les centres d’arnaque.
- Le « malvertising » a progressé de 42 % en 2025, tandis que l’IA et les deepfakes industrialisent la fraude.
- La justice américaine cherche à confisquer plus de 25 millions de dollars en cryptomonnaies dans cinq affaires récentes.
Le crime organisé passe en mode franchise
L’ONUDC décrit une restructuration « fondamentale » de la pègre régionale. Les organisations autrefois cantonnées à un territoire ou à une spécialité forment désormais une économie transnationale dans laquelle chaque groupe vend ses services aux autres : blanchiment, fraude, trafic d’êtres humains ou collecte de données.
Delphine Schantz, représentante régionale de l’ONUDC, compare ce modèle à une « franchise d’entreprise », avec des départements spécialisés connectés à une même infrastructure. Les réseaux délaissent en partie la contrebande physique au profit de services numériques, de plateformes financières et d’outils difficiles à attribuer à un acteur précis.
Le carburant de cette industrie reste humain. Des travailleurs originaires d’au moins 80 pays et territoires ont été identifiés dans les « scam compounds », où certaines victimes de la traite sont contraintes de mener des arnaques à l’investissement ou aux sentiments (appelées Pig Butchering en anglais).
Les réseaux cherchent désormais des recrues parlant français, anglais, allemand, espagnol ou d’autres langues européennes afin d’élargir leur cible.
L’ONUDC signale également l’essor d’un nouveau corridor de contrebande dans les mers de Sulu et de Célèbes, entre l’Indonésie, la Malaisie et les Philippines, ainsi que la gamification des jeux d’argent en ligne pour attirer un public plus jeune.

Crypto, IA et Starlink équipent les usines à arnaques
Les réseaux utilisent l’IA générative, les deepfakes et l’automatisation pour multiplier les victimes. Le « malvertising », qui détourne des réseaux publicitaires légitimes afin de diffuser des logiciels malveillants, a progressé de 42 % sur un an en 2025.
L’accès à Internet par satellite, notamment via Starlink, permet en parallèle aux centres frauduleux de s’installer dans des zones isolées et de moins dépendre des réseaux télécoms locaux.
Les gains sont ensuite déplacés et blanchis en cryptomonnaies, alors que de nombreuses forces de police régionales manquent encore de spécialistes capables de suivre ces flux.
« Une stratégie contre le crime organisé fondée uniquement sur le démantèlement ne fonctionne pas », avertit Delphine Schantz.
Delphine Schantz, représentante régionale de l’ONUDC pour l’Asie du Sud-Est et le Pacifique – Source : unodc.org
La riposte commence néanmoins à viser les fonds. Le 21 juillet, la justice américaine a engagé cinq procédures de confiscation civile portant sur plus de 25 millions de dollars en cryptomonnaies liés à différentes escroqueries.
En octobre 2025, elle avait déjà lancé la plus importante procédure de confiscation de bitcoins de son histoire : 127 271 BTC, alors valorisés à environ 15 milliards de dollars, liés selon l’accusation au Prince Group de Chen Zhi.
La blockchain constitue donc à la fois l’un des circuits financiers de cette industrie et une piste durable pour les enquêteurs. Pour l’ONUDC, le défi consiste désormais à former les polices, saisir les profits et coordonner les poursuites au-delà des frontières. Sans cette coopération, les réseaux continueront simplement de changer de pays, de nom et d’infrastructure.
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