De l’électricité gaspillée au Bitcoin : Le pari énergétique qui pourrait transformer l’Amérique latine
05/06/2026La tentation Bitcoin. Des milliers de mégawatts gaspillés chaque année au Venezuela, des barrages hydroélectriques en surplus au Paraguay, une Colombie qui lorgne sur les Caraïbes. L’Amérique latine assise sur une manne énergétique immense commence à voir Bitcoin d’un œil différent : non plus comme une menace, mais comme un débouché éventuel.
- Le Paraguay a émergé comme un acteur majeur du minage de Bitcoin grâce à ses surplus hydroélectriques, mais l’augmentation des coûts énergétiques et les exigences financières ont resserré le marché autour d’acteurs institutionnels solides.
- En Colombie, le président Gustavo Petro a mis en avant l’importance d’utiliser des sources d’énergie renouvelables pour le minage de cryptomonnaies, ouvrant la voie à des projets locaux intégrant les communautés, avec un potentiel de développement économique significatif.
Bitcoin : Le modèle paraguayen et la maturité du marché
Le Paraguay s’est imposé comme une place forte mondiale pour le minage de Bitcoin grâce à une production hydroélectrique excédentaire issue des barrages d’Itaipu, de Yacyretá et d’Acaray. Néanmoins, l’ère de l’arbitrage énergétique à faible coût a laissé place à une structuration industrielle plus exigeante. Les tarifs de l’électricité ont connu une hausse sensible, passant d’environ 0,03 dollar par kilowattheure à plus de 0,05 dollar, tandis que l’opérateur public ANDE impose désormais des garanties financières substantielles.
Ces contraintes ont provoqué le départ des opérateurs sous-capitalisés, ne laissant sur place que les acteurs institutionnels capables de financer des infrastructures lourdes et des systèmes de refroidissement avancés. Cette situation a conduit à une polarisation du marché entre les entreprises cherchant un arbitrage rapide et les groupes industriels intégrés.
Parmi ces derniers, des acteurs comme HIVE Digital Technologies et Penguin maintiennent des opérations significatives basées sur des capacités de plusieurs centaines de mégawatts. L’échéance du 31 décembre 2027, date d’expiration des contrats d’approvisionnement, constitue toutefois une variable décisive pour les opérateurs. Ceux ayant investi dans des sous-stations à haute tension et favorisé l’intégration locale disposent d’un avantage indéniable pour les négociations à venir.

Intégration des ressources propres et perspectives régionales pour le minage
De son côté, le président colombien Gustavo Petro a récemment mis en garde contre les « risques environnementaux liés à l’usage d’énergies fossiles pour l’extraction de cryptomonnaies », rappelant qu’un tel modèle pourrait accélérer le réchauffement climatique. À l’inverse, il a souligné que l’utilisation de sources propres et renouvelables permet de soutenir le développement de l’industrie.
Selon cette vision, des zones comme Santa Marta, Riohacha et Barranquilla possèderaient le potentiel requis pour devenir des pôles d’attraction pour les investissements. Le chef d’État a par ailleurs insisté sur la nécessité d’impliquer les communautés locales, notamment en ouvrant un dialogue avec les populations Wayúu afin de les associer en tant que copropriétaires des futurs projets énergétiques.
Dans cette optique, l’utilisation de surplus hydroélectriques et de gaz torché pourrait bénéficier d’un cadre juridique amélioré et attirer des capitaux internationaux. La mise en place de structures adaptées permettrait de réguler la demande tout en générant des revenus stables pour les territoires concernés. Le déploiement de telles installations nécessitera toutefois une concertation étroite entre les acteurs technologiques, les autorités gouvernementales et les représentants des communautés autochtones.
L’évolution de la réglementation et les capacités d’adaptation des réseaux électriques détermineront la répartition du hashrate sud-américain dans les prochaines années. Enfin, le développement de ces infrastructures dépendra de la stabilité juridique offerte aux investisseurs étrangers et de la gestion des ressources locales, mais il est intéressant de voir comment l’idée même de miner du bitcoin avec des surplus énergétiques infuse doucement dans l’esprit des dirigeants (pragmatiques) de la planète.
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