Déficit de l’État : 106,8 milliards d’euros au premier semestre, la France enfonce le clou
08/05/2026« Après moi, le déluge. » La formule attribuée à Louis XV colle à la gestion budgétaire française d’aujourd’hui : dépenser maintenant, régler la note plus tard.
Le ministère de l’Action et des Comptes publics a publié le 4 août les chiffres du budget de l’État à fin juin 2026 : 106,8 milliards d’euros de déficit sur les six premiers mois de l’année, contre 100,4 milliards sur la même période en 2025. Une dégradation de 6,4 milliards d’euros, soit +6,4 % sur un an.
- Le déficit budgétaire de la France a atteint 106,8 milliards d’euros au premier semestre 2026, une augmentation de 6,4 % par rapport à l’année précédente.
- Le coût de la dette publique française a dépassé les dépenses de défense, marquant une tendance budgétaire inquiétante et sans précédent.
Un trou qui grossit malgré les coupes annoncées
Le paradoxe est là : Bercy a pourtant multiplié les annonces d’économies ces derniers mois, dont 3 milliards d’euros de crédits supplémentaires gelés en juillet. Mais deux tenailles se referment en même temps.
D’un côté, la croissance a été révisée à la baisse à 0,7 % pour 2026. De l’autre, les recettes fiscales ne suivent pas le rythme prévu par la loi de finances, un phénomène classique en période de ralentissement économique où chaque dixième de point de croissance en moins se répercute directement sur les rentrées de TVA et d’impôt sur les sociétés.
D’ailleurs, la Cour des comptes avait déjà prévenu fin juin : l’objectif d’un déficit public à 5 % du PIB pour 2026 restait « loin d’être garanti ». Les chiffres du premier semestre lui donnent plutôt raison qu’ils ne la contredisent.
La charge de la dette dépasse désormais le budget de la Défense
Un chiffre résume mieux que tout autre la bascule budgétaire en cours. Selon le Sénat, la charge de la dette est évaluée à 59 milliards d’euros pour 2026, en hausse de 4,4 milliards sur un an. Ce montant dépasse le budget de la Défense hors pensions, pourtant lui-même en hausse de 6,7 milliards à 57,1 milliards d’euros.
Payer les intérêts de la dette coûte donc désormais plus cher à l’État que financer ses armées, une bascule inédite qui fait des intérêts le premier poste de dépense régalien du pays.
79 % de l’objectif annuel déjà atteint en six mois
La loi de finances 2026, promulguée le 19 février après un recours au 49.3, table sur un déficit de l’État de 134,6 milliards d’euros sur l’année entière. Avec 106,8 milliards atteints à fin juin, près de 79 % de cette enveloppe est déjà consommée alors que la moitié de l’exercice reste à courir.
La trajectoire budgétaire globale n’est pas plus rassurante : le déficit public, initialement fixé à 4,7 % du PIB dans le projet de loi, a été révisé à 5 %, soit 9 milliards d’euros de plus, une dégradation provenant, selon Public Sénat, exclusivement de la hausse des dépenses publiques plutôt que d’un manque de recettes.
Ce déficit s’ajoute à une dette publique qui a déjà franchi les 117,5 % du PIB, un niveau où le taux apparent de la dette dépasse désormais la croissance du PIB, un effet boule de neige qui n’était plus arrivé depuis la crise sanitaire. Le taux des OAT à 10 ans, référence des emprunts d’État français, tournait autour de 3,75 % à la mi-2026, ce qui renchérit chaque nouvelle émission obligataire par rapport à la précédente, et la moitié de l’exercice budgétaire n’est même pas encore écoulée.
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