Faux conseillers Coinbase, vraies clés privées volées : cette nouvelle loi en France va-t-elle stopper le désastre ?
08/04/2026Sésame, ouvre-toi. Un appel qui affiche le numéro du support Coinbase, une voix rassurante qui évoque une « activité suspecte », puis la demande presque anodine de « vérifier » une phrase de récupération à 24 mots. Ce scénario a déjà coûté 65 millions de dollars à ses victimes en deux mois. Le 11 août, la France change pourtant de doctrine face au démarchage téléphonique. Bloctel disparaît, remplacé par un système où appeler un particulier à des fins commerciales sera interdit par défaut. Un texte pensé pour encadrer les centres d’appels français peut-il seulement effleurer des réseaux qui opèrent depuis l’étranger ?
- La réforme du démarchage téléphonique en France, qui remplace Bloctel, a instauré un système où les appels commerciaux sont interdits par défaut, visant à mieux encadrer les appels légitimes.
- Les escroqueries aux cryptomonnaies, souvent orchestrées depuis l’étranger, exploitent le spoofing et n’ont jamais respecté les obligations légales, rendant la réforme inefficace contre ces fraudes sophistiquées.
Bloctel s’efface, l’accord préalable s’impose
Comprendre pourquoi cette réforme ne changera rien pour les fraudeurs suppose d’abord de comprendre ce qu’elle change vraiment. Jusqu’ici, Bloctel fonctionnait sur un principe d’opt-out, retrait volontaire : un particulier devait s’inscrire lui-même sur une liste pour signaler son refus d’être démarché, un système largement contourné en pratique. À partir du 11 août, la logique s’inverse totalement.
Selon le décret d’application, un professionnel devra obtenir un accord explicite, libre et révocable avant de décrocher son téléphone à des fins commerciales, l’opt-in devenant la règle. La charge de la preuve pèse désormais sur l’entreprise, une amende jusqu’à 375 000 euros par appel litigieux venant appuyer le changement.
Un vrai progrès pour les centres d’appels qui ont pignon sur rue en France. Beaucoup moins pour ceux qui n’y ont jamais mis les pieds.
Le scénario, presque toujours identique
Le mode opératoire varie peu d’une victime à l’autre. Un appel, un SMS ou un email annonce une connexion suspecte ou un problème urgent nécessitant une action immédiate. L’interlocuteur, poli et rassurant, se présente comme membre du support technique d’un exchange connu, puis guide la victime vers une fausse interface qui ressemble à s’y méprendre à la vraie, ou lui demande directement sa phrase de récupération pour « sécuriser » ses fonds.
Aucun exchange légitime ne demande jamais cette phrase, ni par téléphone, ni par email, ni par SMS. Ce sont les 24 mots qui donnent un accès total et irréversible à un wallet. Une fois communiqués, aucun recours technique ne permet d’annuler la transaction qui suit, contrairement à une carte bancaire remboursable d’un coup de fil à sa banque.
Le ton reste presque toujours pressant : un compte bloqué dans les minutes qui suivent, un transfert suspect à annuler immédiatement, une fenêtre de quelques minutes avant que tout devienne irréversible. Cette urgence artificielle sert un seul but, empêcher la victime de raccrocher ou de réfléchir. Certains escrocs usurpent même le numéro affiché du vrai service client, une technique de spoofing accessible avec des outils grand public. Un seul particulier a perdu, à lui seul, 1,7 million de dollars de cette façon.
Pourquoi ce nouveau texte ne les arrêtera pas
La réforme encadre une chose précise, les entreprises qui respectent, au moins sur le papier, le droit français. Les réseaux qui volent des cryptomonnaies opèrent le plus souvent depuis l’étranger, hors de portée des tribunaux français, avec des numéros usurpés qui affichent parfois un indicatif local pour rassurer leur cible. Aucune obligation de consentement préalable ne les arrêtera, puisqu’ils n’en avaient de toute façon jamais demandé la moindre miette.
Ce nouveau régime protège donc surtout contre les appels commerciaux légitimes devenus envahissants, pas contre des escroqueries organisées qui n’ont jamais eu la moindre intention de respecter le droit français. La meilleure protection reste la méfiance systématique. Raccrocher, puis rappeler soi-même le service client via le numéro affiché sur le site officiel de la plateforme, jamais celui laissé par l’appelant. Vérifier aussi l’adresse exacte de tout lien reçu par SMS avant de cliquer, un malware pouvant se cacher derrière une simple page de connexion falsifiée. En France, quatorze personnes ont été arrêtées pour un réseau ayant causé 1,2 million d’euros de préjudice, la preuve qu’un démantèlement reste possible même quand l’appel vient de loin.
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