Identité numérique, DAC8, euro numérique : Le Danemark se fait vider son registre, à qui le tour ?
10/07/2026Un pays vitrine du numérique, un registre de population percé et un portefeuille d’identité tout neuf. Le Danemark a lancé en juin son application d’identité numérique, conforme au futur standard européen. Quatre mois plus tard, il annonce que les données de 8,8 millions de personnes ont été aspirées dans son registre central. Sur les réseaux, le raccourci va vite. Il mérite pourtant qu’on le démonte pièce par pièce, car il touche juste à un endroit précis.
- Le Danemark a lancé son application d’identité numérique en juin, conforme aux futurs standards européens, mais a subi une fuite massive de données.
- Les données de 8,8 millions de personnes ont été extraites du registre central, exposant une faille inquiétante dans le système de gestion des identités.
Registre danois : 80 % du fichier siphonné en dix jours
Rappel des faits, d’après le communiqué du ministère danois du Numérique publié le 5 octobre. En septembre, des inconnus ont détourné l’accès légitime d’une entreprise privée au registre CPR. Ce fichier recense en effet toute personne ayant vécu au Danemark. Ils en ont extrait les noms, adresses et numéros d’identification nationaux de 8,8 millions de personnes, vivantes, décédées ou parties à l’étranger. Seules les personnes inscrites en protection d’identité ont échappé à la collecte.
Le fichier compte environ 11 millions de fiches. Un simple compte d’entreprise a suffi aux intrus pour en consulter près de 80 %. Au total, l’accès a duré dix jours, selon le site spécialisé The Next Web.
Portefeuille d’identité numérique : des données dans la poche, pas dans un fichier
L’application danoise s’appelle AltID. Lancée le 4 juin 2026, elle anticipe une obligation européenne. Les États membres doivent proposer au moins un portefeuille d’identité numérique d’ici fin 2026, rapporte le site Biometric Update.
Son architecture est l’inverse d’un registre central. Les données restent sur le téléphone et l’utilisateur choisit ce qu’il montre. Ainsi, pour prouver son âge, l’application recourt à une preuve à divulgation nulle de connaissance, une technique popularisée par les blockchains. Elle confirme que vous avez plus de 18 ans sans révéler votre nom, votre adresse ni votre numéro national. L’usage reste facultatif.
Dire que le portefeuille européen reproduit le modèle du registre piraté est donc inexact. Sur le papier, il fait même mieux que la carte d’identité que vous tendez au buraliste.
Identité numérique, DAC8 : tous fichés, tous exposés ?
Voici pourtant où le doute se justifie. Pour créer son AltID, il faut d’abord se connecter avec MitID, l’identifiant numérique national, lui-même rattaché au numéro CPR. Le portefeuille est décentralisé, sa source de vérité ne l’est pas. Chaque attestation qu’il contient descend d’une base centrale, celle-là même qui vient de fuir.
Les détenteurs de cryptomonnaies connaissent bien ce schéma. Vous pouvez garder vos clés chez vous. Mais si la plateforme où vous avez acheté connaît votre nom et votre adresse, une fuite chez elle suffit à vous exposer.
Et Bruxelles ajoute un étage avec la directive DAC8. Depuis le 1er janvier 2026, les plateformes crypto collectent l’identité de leurs clients et le détail de leurs opérations pour les transmettre au fisc. Les administrations des Vingt-Sept se les échangeront ensuite, au plus tard le 30 septembre 2027. Chaque détenteur passé par une plateforme figurera donc dans un fichier fiscal, son adresse en face de ses transactions : une liste de courses pour qui saura y entrer.
La France sait ce que vaut un tel fichier. Une ancienne employée du centre des impôts de Bobigny est mise en examen. Selon Le Parisien, elle aurait consulté dans le logiciel fiscal Mira des adresses d’investisseurs en cryptomonnaies pour le compte de tiers. Or elle disposait d’un accès légitime, comme l’entreprise danoise. L’euro numérique posera la même question dans quelques années.
Le portefeuille d’identité protège ce que vous montrez, pas ce que l’État conserve sur vous. Tant que les registres centraux resteront accessibles par les comptes d’entreprises tierces, la promesse d’une identité « dans la poche » aura un angle mort. Les États membres de l’Union ont jusqu’à fin 2026 pour proposer le leur.
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