Kalshi sommé de quitter Washington, la CFTC lui dit de rester
08/14/2026Deux régulateurs, deux ordres contraires. Une seule plateforme prise entre les deux. Un juge de l’État de Washington vient d’infliger un sérieux coup de frein à Kalshi, la plateforme de marchés prédictifs (des paris financiers sur l’issue d’événements réels, élections ou résultats sportifs) actuellement en discussion pour une valorisation à 40 milliards de dollars. À peine vingt-quatre heures plus tôt, le régulateur fédéral des marchés dérivés lui disait l’exact inverse. Kalshi se retrouve donc sommé de fermer une partie de son activité dans un État, tout en étant encouragé à continuer partout ailleurs.
- Un juge de Washington a ordonné à Kalshi de cesser ses activités de paris sportifs et politiques, remettant en question sa valorisation de 40 milliards de dollars.
- La décision de Washington s’oppose à celle de la CFTC, qui avait encouragé Kalshi à poursuivre ses activités, illustrant une bataille juridique complexe entre régulation fédérale et étatique.
Washington bannit les paris sportifs et politiques de Kalshi
Le juge John McHale, de la King County Superior Court, a estimé que Kalshi enfreignait probablement le droit des jeux d’argent de l’État. Selon le communiqué officiel du bureau du procureur général de Washington, Kalshi doit cesser de proposer, d’accepter ou de faciliter des paris sur le sport, les élections, la politique, le divertissement, la culture, la tech et les sciences, ainsi que les paris sur les propos tenus par des personnalités publiques.
Le calendrier ne laisse guère de marge. Un premier système de géolocalisation par adresse IP doit être en place dès le 19 août, suivi d’une solution plus robuste, combinant plusieurs sources de vérification, au 2 septembre. Passé ce délai, Kalshi s’expose à une amende de 120 000 dollars par jour de retard.
« Kalshi s’est enrichi en proposant des paris sur le sport, les élections, les catastrophes naturelles, les événements liés à la guerre en Iran, et bien d’autres choses encore. En vertu de cette ordonnance, il lui est interdit de proposer des paris sur la plupart de ces sujets dans l’État de Washington. (…) Tout au long de cette affaire, nous continuerons à faire appliquer la loi de l’État de Washington et à demander des comptes à Kalshi pour avoir induit les consommateurs en erreur. »
Déclaration du procureur général Nick Brown

Ce que Kalshi peut encore proposer aux parieurs de Washington
Tout n’est pas fermé pour autant. Les paris sur les matières premières, le climat, l’économie et la finance restent autorisés dans l’État, une distinction qui pèse lourd pour une entreprise dont le sport pesait justement de plus en plus dans le chiffre d’affaires ces dernières années. Kalshi n’a plus le droit non plus de faire de la publicité auprès des consommateurs de Washington pour les paris désormais interdits, une pratique que le tribunal juge trompeuse.
« Kalshi s’est enrichi en vendant des paris sur le sport, les élections, les catastrophes naturelles, des événements liés à la guerre en Iran, et bien d’autres. Sous cette décision, Kalshi ne pourra plus proposer la plupart de ces paris dans l’État de Washington », a déclaré le procureur général Nick Brown. Kalshi, de son côté, a fait savoir qu’il envisageait tous les recours possibles.
La CFTC dit à Kalshi de continuer, Washington lui dit d’arrêter
Le grand écart ne s’arrête pas là. La veille de cette décision, la Commodity Futures Trading Commission (CFTC, le régulateur fédéral des marchés dérivés) avait publiquement pris le parti inverse et demandé à Kalshi de poursuivre ses activités sans interruption, après qu’un juge fédéral a rejeté une tentative de la plateforme d’écarter une plainte de l’État de New York visant à la faire fermer sur tout le territoire américain. Michael Selig, le président de la CFTC, avait justifié cette position sans détour : le Congrès n’a jamais voulu que des places de marché dérivées soient régulées par un patchwork de lois sur les jeux d’argent propres à chaque État, puisqu’il s’agit d’instruments financiers qui opèrent d’un bout à l’autre du pays.
Washington n’est pourtant pas un cas isolé. Le Michigan et le Nevada ont imposé des exigences de géoblocage similaires, et la CFTC a de son côté attaqué plusieurs États pour tenter de faire primer le droit fédéral sur les lois locales. Kalshi navigue ainsi entre deux logiques juridiques qui refusent de converger, pendant que son procès face à l’État de New York se poursuit sur un tout autre front, celui d’une interdiction potentiellement nationale. Une bataille qui dépasse largement le seul sort des paris prédictifs et qui redessine, État par État, les frontières entre marché financier et jeu d’argent.
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