La fin de BitMEX : Entre nostalgie des premiers bitcoiners et passif judiciaire
09/23/2026Le dernier contrat vient d’expirer. BitMEX a arrêté ses services de trading ce 23 septembre à 4 heures UTC, après plus de onze années d’activité. Les utilisateurs peuvent encore se connecter, consulter leur historique et retirer leurs cryptomonnaies, mais les dépôts et les échanges ont pris fin.
Pour les premiers traders de bitcoin, BitMEX reste associé à une période particulière : pas de vérification d’identité, des comptes alimentés uniquement en cryptomonnaies et un effet de levier pouvant atteindre 100. Ce « bon vieux temps » des marchés crypto a produit ses fortunes, ses liquidations mais aussi plusieurs dossiers judiciaires.
Points clés
- BitMEX cesse ses services de trading le 23 septembre 2026 à 4 heures UTC, mais les retraits restent accessibles.
- La plateforme a popularisé le contrat perpétuel et l’effet de levier jusqu’à 100 sur le bitcoin.
- Arthur Hayes a écopé en 2022 de six mois d’assignation à résidence, de deux ans de probation et d’une amende de 10 millions de dollars.
- Une plainte récente accuse BitMEX d’avoir exploité un desk interne qui négociait contre ses utilisateurs, ce que la justice n’a pas encore établi.
Bitcoin : BitMEX ferme le temple du levier à 100
Arthur Hayes, Ben Delo et Samuel Reed fondent BitMEX en 2014. Deux ans plus tard, la plateforme lance son contrat perpétuel XBTUSD. Contrairement à un contrat à terme classique, celui-ci n’expire jamais. Un taux de financement échangé régulièrement entre acheteurs et vendeurs maintient son prix proche de celui du bitcoin au comptant.
BitMEX ajoute un ingrédient décisif : un effet de levier pouvant atteindre 100. Avec un tel multiplicateur, un mouvement inférieur à 1 % dans la mauvaise direction peut suffire à liquider une position. Le système attire une génération de traders prêts à déposer leurs bitcoins sur une plateforme enregistrée aux Seychelles, sans fournir de pièce d’identité.
À son sommet, BitMEX concentre une part importante des dérivés crypto. Les gains, les pertes et les garanties restent libellés en bitcoin. Un trader acheteur perd donc sur sa position lorsque le BTC baisse, mais aussi sur la valeur en dollars de la garantie qui lui reste.
Cette mécanique, la « trollbox » où les utilisateurs commentaient le marché et les séries de liquidations ont nourri la culture des premiers traders à fort levier. De nombreux anciens utilisateurs gardent une certaine nostalgie de cette période, malgré les pannes et les controverses. BitMEX souligne de son côté qu’aucun fonds de client n’a été perdu lors d’un piratage pendant ses onze années d’activité.

Arthur Hayes, des accusations de trading interne aux poursuites américaines
Mais BitMEX n’a jamais été qu’un simple spectateur des mouvements provoqués par son moteur de liquidation. Son fonds d’assurance récupérait une partie des garanties restantes lorsque des positions étaient fermées de force. La plateforme a également fait l’objet, au fil des années, d’accusations portant sur l’existence d’un desk interne capable de négocier face à ses utilisateurs.
Une plainte collective déposée en juillet 2026 va plus loin. Deux anciens clients affirment qu’un « Insider Trading Desk » disposait d’informations privées sur les ordres et les niveaux de liquidation. Ils accusent également BitMEX d’avoir provoqué des mouvements destinés à liquider certaines positions et d’avoir volontairement bloqué son infrastructure pendant les périodes de forte volatilité. Ces accusations restent à démontrer devant un tribunal.
Les condamnations déjà prononcées portent sur un autre sujet. Les autorités américaines reprochaient à BitMEX d’avoir servi des clients aux États-Unis sans enregistrement ni dispositif conforme contre le blanchiment. Arthur Hayes a reconnu avoir enfreint le Bank Secrecy Act. En 2022, il a été condamné à six mois d’assignation à résidence, deux ans de probation et 10 millions de dollars d’amende.
BitMEX avait déjà accepté un règlement civil de 100 millions de dollars en 2021. La société a ensuite plaidé coupable et reçu une nouvelle amende de 100 millions en janvier 2025. Donald Trump a gracié Arthur Hayes, Ben Delo, Samuel Reed et Gregory Dwyer deux mois plus tard. Mais l’exchange aura définitivement laissé une trace dans le secteur en faisant des émules.
Les contrats perpétuels prospèrent sans leur pionnier
Binance a ainsi repris la formule en 2019 avec des contrats garantis et réglés en USDT, plus simples à comprendre pour les nouveaux utilisateurs. Bybit et OKX ont suivi, tandis qu’Hyperliquid a déplacé le modèle vers une blockchain accessible avec un wallet.
Coinbase propose aussi aux clients américains des contrats proches des perpétuels sous la supervision de la CFTC. Leur échéance très éloignée leur donne un fonctionnement comparable, sans reproduire exactement les contrats sans expiration des plateformes offshore.
BitMEX quitte donc un marché qu’il a largement contribué à façonner. Sa disparition devrait cepandant avoir peu d’effet sur les cours : avant sa fermeture, sa part de marché était tombée sous 0,01 %, selon les données de Kaiko.
Les soldes restants demeurent retirable depuis le site officiel. BitMEX applique néanmoins des frais aux comptes vérifiés qui laissent leurs fonds sur la plateforme et prévient ses utilisateurs contre les campagnes de phishing. Le contrat perpétuel continue lui de dominer les échanges crypto, mais son premier grand casino vient de fermer ses tables. Une page se tourne pour nos OG du Bitcoin, mais de là à dire que « c’était mieux avant », faut pas exagérer.
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