Or, dollars, USDT : comment l’Iran et sa banque centrale contournent l’effondrement du rial
07/20/2026Avec une inflation qui frôle les 70% et un rial qui s’effondre un peu plus chaque semaine, comme on le détaillait plus tôt aujourd’hui, les Iraniens n’ont pas attendu la crise de juillet pour trouver des parades. Or, dollars liquides, USDT : ces dernières années ont vu émerger une véritable économie parallèle, faite de pièces d’or planquées et de portefeuilles crypto discrets. Ce qui est plus inattendu, en revanche, c’est de découvrir que la Banque centrale iranienne elle-même joue exactement la même partition, avec les mêmes outils. Et qu’elle vient de se faire prendre la main dans le sac par Tether.
- L’Iran a fait face à une inflation catastrophique atteignant 68,1%, provoquant une économie parallèle où l’or et les cryptomonnaies sont devenus des valeurs refuges essentielles.
- La Banque centrale iranienne a été impliquée dans un scandale financier en tentant d’utiliser l’USDT pour contourner les sanctions, mais Tether a gelé 344 millions de dollars liés à ces transactions.
L’or, le dollar planqué, et maintenant la crypto : la trinité de la survie
Sur le Grand Bazar de Téhéran, les commerçants ne s’en cachent plus : les clients affluent pour acheter de l’or, des dollars, de l’argent, des diamants, et de plus en plus, des cryptomonnaies, rapportait New Lines Magazine. Les pièces d’or fractionnées ont la cote, leur prix fixe rassure, la marge de transaction reste faible. Un réflexe de bon sens face à une monnaie qui perd de la valeur à vue d’œil.
Mais le vrai changement de la dernière décennie, c’est l’arrivée de la crypto dans cette panoplie. Pour beaucoup d’Iraniens ordinaires, bitcoin et USDT sont devenus l’un des rares moyens de préserver une épargne. L’inflation a atteint 68,1% en février 2026 selon le Centre statistique iranien, avec des prix alimentaires en hausse de 105% sur un an. Le pain et les céréales ont grimpé de 142%, l’huile de cuisson de 207%.

Quand la Banque centrale copie ses propres citoyens
Voilà le twist que peu de monde a vu venir : entre avril et mai 2025, la Banque centrale d’Iran (CBI) a discrètement acquis au moins 507 millions de dollars en USDT, payés en dirhams des Émirats arabes unis via des courtiers opaques, comme nous le racontions en détail dans cet article. L’objectif : construire un système de « dollars synthétiques », capable de régler des importations et de rapatrier des revenus d’exportation sans transiter par le système bancaire international, celui-là même où les avoirs iraniens finissent gelés depuis des années.
Sauf que Tether veille. En avril 2026, la société a gelé environ 344 millions de dollars d’USDT liés à des portefeuilles associés à la CBI, en coordination avec les autorités américaines. « USDT n’est pas un refuge pour les activités illicites. Quand des liens crédibles avec des entités sanctionnées sont identifiés, nous agissons immédiatement et de manière décisive », déclarait Paolo Ardoino, PDG de Tether, dans notre article consacré à cette saisie. Une phrase qui sonne comme un rappel sec : la finance décentralisée n’a de « décentralisé » que le nom, tant que l’émetteur du token garde la main sur le robinet.
Fuite de capitaux, banques à sec : le symptôme d’un système à bout
Cette course aux valeurs refuges dépasse largement les frontières de la crypto. La fuite de capitaux a dépassé 40 milliards de dollars rien qu’en 2025, les Iraniens convertissant leur épargne en dollars, en euros, en or, tout ce qui échappe à la dépréciation du rial. Le régime, de son côté, a classé la simple possession de plus de 10 000 euros (ou l’équivalent) comme un acte de contrebande. Une façon comme une autre d’admettre que la fuite est massive.
Côté banques, l’ambiance n’est guère meilleure. Début 2026, plusieurs établissements manquaient quotidiennement de billets, avec des plafonds de retrait informels tombés à 18-30 dollars par jour. La masse monétaire en circulation, elle, a bondi de 49% sur un an. Pas parce que l’économie tourne mieux, mais parce que tout le monde thésaurise ce qu’il peut, en cash, en pièces, ou en tokens.
Ce qui se joue en Iran dépasse le simple cas d’école d’une économie sous sanctions. C’est une démonstration grandeur nature de ce que devient une monnaie fiduciaire quand la confiance s’effondre : population et État finissent par chercher refuge dans les mêmes actifs, chacun à son échelle, chacun avec ses outils. Le Venezuela avait déjà montré la voie avec l’USDT devenu monnaie de facto pour une partie de sa population. L’Iran y ajoute un chapitre inédit, celui d’un État souverain qui emprunte la même parade que ses citoyens, et se fait rattraper par le risque qu’il pensait justement avoir contourné : la centralisation de l’émetteur de son propre outil de contournement.
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