Stablecoins : le FSB avoue au G20 qu’il surveille 300 milliards de dollars avec des données privées
10/24/2026Cinq pages, un aveu. Le Conseil de stabilité financière (FSB) a remis le 12 octobre aux ministres des Finances du G20 une note sur les stablecoins mondiaux. Son chiffre d’ouverture est connu, 300 milliards de dollars de capitalisation à la mi-2026, « pratiquement inchangée » sur un an et adossée à 99 % au dollar. Sa phrase la plus utile se trouve page 4. Les autorités « s’appuient surtout sur des compilateurs privés » pour suivre ces jetons et aucun cadre national n’a encore été « testé en situation de stress sévère ». Le régulateur des régulateurs admet donc un mois après la feuille de route crypto du G20 qu’il regarde le marché à travers les tableaux de bord d’entreprises privées.
- Le Conseil de stabilité financière a remis une note au G20 sur les stablecoins mondiaux, révélant une dépendance aux compilateurs privés pour le suivi des données.
- Le FSB a mis en lumière les défis liés à la gestion des stablecoins, notamment la difficulté pour les émetteurs de connaître leurs détenteurs et les risques associés à leur mobilité internationale.
Le FSB décrit un émetteur de stablecoins qui ne sait pas qui le détient
La note accompagne la lettre d’Andrew Bailey, président du FSB et gouverneur de la Banque d’Angleterre, aux ministres réunis le 15 octobre. Elle tient en cinq pages et part d’une comparaison avec la banque. Une banque connaît ses déposants et gère ses retraits avec son bilan sous les yeux. Un émetteur de stablecoin mondial, écrit le FSB, « peut ne pas savoir qui détient ses passifs, où ces détenteurs sont domiciliés, ni parfois où la demande de rachat va se matérialiser ». Ses dettes sont mobiles à l’échelle internationale et en partie invisibles. Ses réserves et les protections juridiques de ses clients restent ancrées dans une ou deux juridictions.
Le document s’attarde sur un cas précis, le stablecoin multi-émetteur. En effet, plusieurs sociétés affiliées répondent ensemble d’un même jeton mais détiennent des réserves séparées. Si les détenteurs peuvent se faire rembourser auprès de n’importe laquelle, la demande peut se concentrer sur une seule entité du groupe pendant que les réserves dorment ailleurs. Le rééquilibrage dépend alors de « la mobilité des réserves, l’accès au marché, les flux d’information et la coordination, qui peuvent se rompre en période de stress ». Le FSB ne cite aucun nom. La configuration décrite ressemble à celle de l’USDC, émis par Circle aux États-Unis et par sa filiale française pour l’Europe.
Les pays émergents héritent d’un paragraphe à part. Substitution monétaire et désintermédiation bancaire y rendent un stablecoin « systémique à un seuil d’usage plus bas ». Et la note pointe sans détour l’arbitrage réglementaire, « certains émetteurs choisissant de s’installer dans des juridictions moins régulées ou non régulées ». Tether a transféré son siège au Salvador en janvier 2025.
Données stablecoins : le régulateur dépend des mêmes dashboards que vous
La seconde moitié du texte porte sur les chiffres eux-mêmes. L’activité des stablecoins « génère des données abondantes » mais les autorités « s‘appuient surtout sur des compilateurs privés » qui utilisent chacun leurs méthodes. Résultat, des écarts entre fournisseurs, du bruit et « des risques de comparabilité et de crédibilité ». Le FSB reconnaît que ce travail de nettoyage a « largement été mené par l’industrie » parce qu’il coûte cher. Un ministère des Finances qui veut savoir combien d’USDT circulent sur son territoire ouvre donc le même site que n’importe quel trader.
Le problème de fond tient à la pseudonymie des blockchains publiques. Attribuer un flux à un usage ou à un pays « n’est souvent pas possible », et quand c’est possible, « cela peut ne pas être vérifiable ». Le FSB propose trois chantiers pour la surveillance des stablecoins : un jeu de métriques communes (profondeur des marchés secondaires, répartition géographique des détentions, des rachats et des réserves), un meilleur usage des données existantes par la coopération transfrontalière, et des bonnes pratiques de collecte avec l’industrie. Aucune date de rapport n’est fixée. Aucune nouvelle recommandation non plus, celles de 2023 restent la référence.
Le constat tombe dix jours après la publication par le FMI d’un panel de flux de stablecoins couvrant 188 pays, construit précisément parce que les attributions géographiques des fournisseurs privés ne satisfaisaient pas ses chercheurs. Washington a de son côté bouclé le 19 octobre la consultation sur les règles d’application du GENIUS Act, la loi fédérale sur les stablecoins en dollar. Le FSB demande des métriques pendant que les États-Unis font des stablecoins un instrument du dollar et que 99 % des 300 milliards suivent déjà cette monnaie.
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